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Sandokan


Année1976
LangueItalien
GenreClassique
RéalisateurSergio Sollima
Dir. PhotoMarcello Masciocchi
ScénaristesAntonia Lucatelli, Giuseppe Mangione, Emilio Salgari, Manlio Scarpelli, Alberto Silvestri, Sergio Sollima
ActeursKabir Bedi, Philippe Leroy, Adolfo Celi, Carole André, Andrea Giordana, Hans Caninenberg
Dir. MusicalMaurizio De Angelis, Guido De Angelis
Producteur Elio Scardamaglia
Durée330 mn

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Marine - le 4 décembre 2014

Note :
(7.5/10)

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Nous sommes au XIXe siècle. Les pays d’Europe de l’Ouest se partagent l’Afrique, l’Océanie et l’Asie. Du moins ce qu’ils peuvent. Et ils peuvent beaucoup. Les anglais sont en Inde mais aussi en Malaisie. C’est là que le populaire Sandokan, pirate de lignée royale, combat l’occupant depuis son île de Mompracem, et notamment l’un d’entre eux, le rusé rajah de Selangor. Ce rajah n’est autre qu’un anglais s’étant emparé du royaume de Selangor. Lors d’un affrontement en mer, Sandokan est blessé et s’échoue chez Lord Guillonk de la compagnie des Indes où la belle Marianne "perle de Labuan" va le soigner.

Quelle est la place de cette série sur Fantastikindia ? Alors, non, l’action ne se passe pas en Inde (cela a été tourné en Malaisie et à Ceylan) mais en Malaisie et on y voit peu d’indiens. Il y a bien le chasseur de tigre, véritable indien. Mais ensuite, il n’y a « que » Kabir Bedi. Justement, l’acteur que l’on a vu dans de nombreuses productions indiennes est à lui seul l’une des raisons de cette critique. Car si on le connait en Inde (Main Hoon Naa, Bewafaa), en Italie, c’est une véritable icône. Et ce, grâce à cette série. Je peux même vous raconter que cet été, dans le nord du Portugal, il y avait un camion de restauration qui s’appelait « Sandokan » et qui arborait un logo stylisé de la série, où l’on reconnaissait bien la silhouette et la chevelure du personnage. Malheureusement, je n’ai pas pris de photo et je le regrette.
Autre raison, nous restons dans le contexte de la domination britannique dans l’océan indien pendant le XIXe siècle que la Malaisie partageait avec l’Inde. Les problématiques y sont les sensiblement les mêmes. Et enfin, argument très personnel : parce que c’est un souvenir d’enfance (la série a été rediffusée plusieurs fois) et qu’il est désormais disponible en coffret DVD.

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Sandokan, joué par Kabir Bedi

Mais qu’est-ce qui a bien pu apporter autant de succès à cette série ? Pour les messieurs, et les messieurs en devenir, Sandokan est le modèle à suivre, ou du moins l’idéal vers lequel tendre. Terriblement stéréotypé, il pourrait être Ivanhoé ou Robin des Bois. Il est l’ami sincère, l’amant fidèle, le guide ferme, le guerrier brave, il n’a pas peur de la mort et ses idéaux sont nobles. Même à terre (à la toute fin de la série), il se relève pour se battre. Pour les dames, et bien l’énumération précédente devrait être suffisante. Cet homme n’est-il pas parfait en tout point ? Et bien si, car ce bel indigène, malgré son patriotisme/nationalisme (à bas la domination britannique !), est capable de tomber amoureux d’une occidentale. Bon d’accord, c’est la plus belle femme du monde, mais ça laisse de l’espoir.

A ceux qui auraient peur de tomber dans un roman Harlequin, sitôt le dvd enfourné dans le lecteur, ne partez pas trop vite. Ce qui fait de Sandokan une série qui vaut vraiment le détour, c’est d’une part l’écriture cohérente et intelligente, et d’autre part une réalisation soignée. Effectivement, si la colonisation britannique est une période importante et charnière dans l’histoire indienne, le cinéma indien fait trop rarement preuve de finesse quand il l’aborde. Sans aller jusqu’à citer Veer qui sent plus la fumisterie que le film historique, Laagan, remarquable à de nombreux points de vue, présente pourtant un antagoniste franchement caricatural (à peine apparaît-il à l’écran que le spectateur a déjà envie de lui faire avaler son casque).

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Yanez de Gomera et James Brook, rajah de Selangor

Si l’écriture de la série contribue à sa qualité, le casting n’est pas en reste. Au début, c’était l’acteur japonais Toshirô Mifune qui devait interpréter le rôle titre. Mais le report du projet a finalement décidé le réalisateur à prendre un acteur un peu plus jeune. C’est donc Kabir Bedi, un inconnu qui postulait pour le rôle secondaire du chasseur de tigres Tremal Naik (qui sera finalement joué par Kumar Ganesh qui était valet à l’hôtel du réalisateur) qui a été retenu. Il a dû apprendre à nager et à monter à cheval, et comme cela a déjà été dit un peu plus haut, il est devenu une véritable vedette en Europe, puis aux États-Unis. L’héroïne est jouée par Carole André, une actrice française qui a beaucoup joué dans des films italiens. C’est exactement le même profil que son compatriote Philippe Leroy qui interprète le portugais Yanez De Gomera. Adolfo Celi, le "méchant", est un italien ayant une carrière internationale et très renommé dans le monde du théâtre. Tous ont un jeu bon et agréable.

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Marianne, perle de Labuan

Le défaut que l’on pourrait reprocher à Sandokan ? A l’heure actuelle, on pourrait considérer que l’action est plutôt lente, les scènes de combat pas assez violentes et sanglantes, les scènes d’amour pas assez osées. Aujourd’hui, Hollywood (et même Bollywood) condenserait allègrement toute la série en un petit film de deux heures, dans un petit condensé bien dans les cadres actuels de surenchère de chair et de sang. A l’occasion d’une interview datant de 2005 à propos du film Le Corsaire noir, le réalisateur Sergio Sollima confiait qu’il avait eu assez d’argent pour faire Sandokan sans contrainte et qu’il avait cherché à le monter comme un film. Sauf que le résultat ne faisait pas les six heures pour lesquelles il avait signé un contrat et qu’il a dû rajouter des plans qu’il avait coupés. Toujours est-il que pour les blasés, Sandokan et ses plans calmes sur l’océan sont une bouffée d’air frais… même si on le respire près de 40 ans plus tard.
Originalement diffusé en six épisodes de 55 minutes chacun, la version dvd que vous pouvez trouver actuellement dans le commerce a été recalibrée pour cinq épisodes de durée inégale.

Si Kabir Bedi y a une belle prestance et que son personnage donne son nom à la série, il ne phagocyte pas tout l’écran et une place importante est laissée aux autres personnages. D’ailleurs, il faut attendre presque une demi-heure pour qu’il apparaisse physiquement à l’écran. La belle Marianne, avec son amour pour un homme fort et passionné dont la violence est le lot quotidien, fait le lien entre ces deux mondes : oriental et occidental. Le gouverneur James Brook, alias le rajah de Selangor, alias le rajah blanc, est assez fin politicien et très lucide sur la situation. En même temps il n’hésite pas à employer les moyens nécessaires à sa réussite. Ses derniers mots dans la série sont pour affirmer que s’il n’était pas né blanc il aurait aimé être Sandokan. Yanez est le riche portugais et fidèle ami de Sandokan, il est un élément d’humour dans cette série, avec ses considérations philosophiques et ses costumes. Cependant il n’est pas cantonné à un rôle de faire valoir comique, il est le bras droit de Sandokan et en son absence, c’est lui qui prend les décisions.

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Le gouvernement de Mompracem

Le personnage de Sandokan est tiré de plusieurs livres d’Emilio Salgari, un auteur italien de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Marin raté, il compense son absence d’expérience du monde par de nombreuses lectures. Anticolonialiste, ses personnages sont souvent des idéalistes. Ses romans ont connu plusieurs adaptations à la télévision et au cinéma. En plus de Sandokan, on peut citer Le Corsaire noir, également avec Kabir Bedi et Carole André au casting, et toujours aux commandes Sergio Sollima.

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Le tigre de Mompracem ? Non, la carpette que Sandokan veut offrir à Marianne pour lui déclarer son amour

Sandokan est un personnage qui revient donc dans plusieurs romans et qui a beaucoup inspiré. Cette série n’est que la première d’un total de quatre, toujours avec Kabir Bedi, mais dont seulement deux ont été diffusées en France (celle-ci et le Retour de Sandokan), deux dessins animés en ont été faits, ainsi qu’une bande dessinée d’Hugo Pratt (Corto Maltese) et un film, Sandokan, le tigre de Bornéo, avec Steeve Reeves, en 1963.

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