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Satta

(une forme de loterie indienne)

Bande originale

Gungunati Hai (Female)
Gungunati Hai
Jab Dil Mile
Jeevan Path
Masti Masti Masti
More Saiya Bhaye

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Fiche IMDB
La critique de Fantastikindia

Par Laurent - le 26 octobre 2009

Note :
(7.5/10)

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Anuradha (Raveena Tandon) est une belle jeune femme qui travaille dans une agence spécialisée dans les relations publiques. Un soir, elle rencontre en boîte de nuit le séduisant Vivek (Sameer Dharmadhikari), qui se trouve être le fils du puissant Mahendra Chauhan (Shri Vallabh Vyas) et le futur candidat de l’opposition au poste de chief minister (gouverneur). Anuradha l’épouse, mais va vite devoir déchanter chez sa très traditionnelle belle-famille, qui lui défend aussi bien de parler de politique que de travailler. Pire, elle découvre que son mari la trompe de façon éhontée. Un soir, il part se saouler dans un bar et, sur un coup de colère, abat une barmaid, ce qui lui vaut d’être immédiatement arrêté par l’inspecteur Pawar (Manoj Joshi). Pour sauver l’honneur de la famille Chauhan, Anuradha accepte, sur la requête de son beau-père, de se présenter aux élections à la place de son époux. Yashwant Varde (Atul Kulkarni) est chargé par son parti d’être son conseiller attitré…

Deux ans après le très déprimant (et très réussi) Chandni Bar, l’ambitieux Madhur Bhandarkar s’attaque à un nouveau sujet épineux : la politique indienne. Sous la forme d’un suspense, le film suit le parcours d’une jeune femme idéaliste qui, piégée par un mariage étouffant, ne réussira à s’épanouir qu’en devenant une femme politique. L’histoire n’est pas complètement neuve, puisqu’elle rappelle celle de Godmother, un drame politique de 1999 où Shabana Azmi était impressionnante en mafieuse-politicienne.

La première partie du film rend bien l’étroitesse d’esprit de la belle-famille de l’héroïne et la muflerie de son mari. Heureusement, cette atmosphère pesante ne dure qu’un temps : car Anuradha n’est pas une femme soumise, et refuse de souffrir sous le joug d’un époux tyrannique, au point même, dans une scène jouissive, de lui rendre chaque coup qu’elle reçoit. Contrairement à l’héroïne de l’éprouvant Chandni Bar, celle de Satta refuse de rester passive, et n’hésite pas à prendre elle-même les choses en main, puisque les hommes le font bien, eux aussi : politique, virées nocturnes ou adultère, Anuradha se plaît ainsi à transgresser tous les interdits imposés aux femmes par les bien-pensants.

Dans ce qui est peut-être son meilleur rôle, Raveena Tandon est parfaite de charme et de détermination. Elle a certes plusieurs tirades enflammées très théâtrales et quelques lignes de dialogue démagogiques fustigeant les politiciens véreux qui atténuent le cynisme général plus qu’ils ne le servent, mais dans l’ensemble, et même dans ces scènes moins réalistes, elle prête une grande intensité à ce personnage de femme forte.

Face à elle, Atul Kulkarni (Khakee), un comédien venant du théâtre, est encore plus fin dans son rôle d’homme politique habile expert en "petits arrangements" ; comme il le confirmera plus tard avec d’autres rôles exigeants, il est un spécialiste des personnages ambigus, à la fois séduisants et vaguement inquiétants… tout au contraire de Sameer Dharmadhikari, qui force vraiment le trait dans son rôle de mari infidèle, alcoolique et violent ; mais c’est peut-être voulu, parce que son jeu accentue au moins le côté antipathique du personnage.

Parmi les acteurs de second plan, Govind Namdeo (l’excellent flic moustachu de Johnny Gaddaar) est crédible en vieux briscard de la politique et de ses magouilles, et Manoj Joshi (plus connu comme un troisième couteau des comédies de Priyadarshan) est aussi très bon dans le rôle du policier incorruptible. Dommage qu’il semble cesser dans la seconde partie de mener lui-même la lutte contre le crime, dont usent et abusent les politiciens dans des buts électoraux, pour devenir un simple adjuvant de la protagoniste qui, après lui avoir rendu un service, a trouvé en lui un allié bien commode afin de nettoyer, voire moraliser le milieu de la politique ; pour parvenir à ses louables fins, elle a même recours à des moyens douteux, même si elle ne sombre pas dans les travers de ses adversaires… Précisons toutefois que l’homme politique moyen n’est pas dépeint par le réalisateur comme un chef de gang cruel, comme on peut le voir notamment dans les masala du sud de l’Inde, mais comme un personnage plus ambivalent, un refus de la caricature qui est tout à l’honneur de Bhandarkar.

Quant à la musique, elle est bien présente dans le film, bien qu’elle aille à l’encontre du réalisme global, que ce soit sous la forme des trois efficaces chansons, dont les deux chantées et dansées sont inutiles, ou celle de la musique extra-diégétique, qui surligne souvent avec redondance l’émotion propre à chaque scène et à chaque déclaration d’un personnage ; cela dit, s’ils remettent en question l’aspect "film d’auteur" de Satta (au contraire, par exemple, de l’assez longue séquence de sexe, très osée pour un film hindi non issu du Parallel Cinema indépendant), ces procédés tout à fait courants à Bollywood sont plutôt des atouts pour ce film de genre accrocheur…

Car le film appartient à un véritable genre, ou du moins un sous-genre créé par Madhur Bhandarkar, sorte de suspense social : ses films ultérieurs, comme Corporate ou Fashion, comportent en effet des thématiques communes, mettant également en scène des héroïnes arrivistes plongées dans des milieux impitoyables, théâtres de rivalités, de trahisons et de coups bas, des constantes de la réflexion sur le pouvoir que le réalisateur affine un peu plus à chacun de ses films à thème.

A part quelques petits manques de finesse, qui sont complètement balayés par le souffle de l’ensemble, ce film engagé sur les dessous de la politique n’a rien à envier aux films américains des années 70-80 de Sidney Lumet, l’un des spécialistes américains du genre. Il se double en outre d’un superbe portrait de femme libre grâce à la belle prestation de Raveena Tandon, qui incarne un féminisme combatif et intelligent. Cela suffit à faire de Satta l’un des plus beaux films de l’un des meilleurs scénaristes-réalisateurs hindis actuels.

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