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Satyagraha

Traduction : L'étreinte de la vérité

Bande originale

Raghupati Raghav Raja Ram (Satyagraha)
Janta Rocks
Hum Bole The
Ras ke Bhare Tore Naina
Satyagraha
Aiyo Ji
Aiyo Ji (Remix)
Raske Bhare Tore Naina (House Mix)

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La critique de Fantastikindia

Par Alineji - le 4 mars 2014

Note :
(7.5/10)

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La révolution a commencé ! précise le sous-titre. Dernier film de Prakash Jha, sorti en août 2013, Satyagraha est un de ces drames politiques dont le metteur en scène a le secret. Le mot, satyagraha, signifie littéralement « L’étreinte de la vérité » ; il fait directement référence à la doctrine prônée et appliquée par Gandhi, dont le héros est un disciple, et au principe de désobéissance civile par la non-violence.

Dawarka Anand (Amitabh Bachchan), ancien directeur de collège retraité, vit tranquillement à Ambikapur en compagnie de son fils Akhilesh (Indraneil Sengupta), ingénieur à l’avenir prometteur, et de sa belle-fille Sumitra (Amrita Rao). Homme intègre et idéaliste, adepte des idées portées par le Mahatma, il continue à œuvrer pour le bien commun de sa ville. Un jour, Akhilesh reçoit la visite de son ami Manav Raghavendra (Ajay Devgan), jeune loup de la finance et des télécommunications, qui tente de le convaincre de se lancer avec lui en affaires. En vain, au grand soulagement de Dawarka.

Quelque temps plus tard, l’effondrement d’une passerelle de béton, construite par Akhilesh pour l’organisme d’Etat qui l’emploie, la National Highway Board, tue plusieurs personnes. Le même jour, après sa visite des lieux de la catastrophe, le jeune homme est à son tour victime d’un accident mortel sur la route du retour. Venu lui rendre hommage, le ministre à la tête de l’Etat, Balram Singh (Manoj Bajpai), promet en dédommagement une somme conséquente à la famille et à la ville. Toutefois, le chèque des 2,5 millions de roupies n’arrivant pas, Sumitra se rend auprès des autorités locales pour réclamer l’argent promis, se faisant éconduire à plusieurs reprises. Dawarka, exaspéré par cette injustice, y retourne et finit par gifler violemment le District Collector [le plus haut fonctionnaire du district administratif, représentant de l’État local] avant d’être arrêté.

Sumitra désespérée fait alors appel à Manav. Ce dernier, qui s’était déjà rapproché du vieil homme, prend la tête d’un mouvement destiné à le libérer. Il est vite rejoint par Arjun Singh (Arjun Rampal), ancien élève de Dawarka qui souhaite se lancer en politique, et par la journaliste Yasmeen Ahmed (Kareena Kapoor-Khan), sincèrement touchée par les faits et aussi très attirée par Manav. Tous vont être dépassés par les évènements qui se précipitent à la suite du succès de la mobilisation populaire, laquelle inquiète les politiciens…

Prakash Jha, on le voit, reste fidèle à ses engagements et dénonce la corruption, les fausses promesses et les arrangements politiciens. Tout y est : émeutes, répression sauvage, magouillages, hommes politiques pourris jusqu’à la moelle, héros dépassant leurs querelles de fond et se sublimant dans la tourmente. Il aborde aussi d’autres réalités de l’Inde moderne : l’émergence d’une jeune classe moyenne qui veut gagner de l’argent en se détourant parfois du pays, l’utilisation des réseaux sociaux et la manipulation des médias, la tentation de l’autocratie, etc. Son scénario tient la route, sous l’ombre tutélaire et omniprésente du Mahatma Gandhi dont la statue domine l’une des places d’Ambikapur. D’où vient alors que l’on reste un peu sur sa faim ?

Dans la première partie du film, après une exposition assez longue où le metteur en scène prend le temps de présenter tous ses héros, le spectateur est séduit par leur complexité, leurs contradictions et se sent prêt à les suivre, tout en sachant que ça va se gâter. Il attend des fractures entre eux, qui n’auront pas lieu, ou si peu. Il éprouve l’opiniâtreté de Balram Singh à garder le pouvoir, là il ne sera pas déçu. Il suit la naissance de l’idylle attendue entre Manav et Yasmeen, sans vraiment deviner la tournure qu’elle prendra. Faire naître un climat d’empathie envers ses personnages, puis cultiver tout doucement une tension diffuse jusqu’à l’intermission de rigueur, là réside le talent de Prakash Jha.

Ensuite, malheureusement, à trop vouloir en dire, il manque de subtilité et perd en efficacité. La deuxième partie du film est plus faible, plus maladroite aussi. Les références au mouvement anti-corruption conduit par Anna Hazare y sont transparentes. Si l’on comprend bien l’intention du cinéaste de montrer les limites de la désobéissance civile, les dérapages possibles de l’activisme politique, il ne fait qu’effleurer ces thématiques. Et quand la situation se complexifie, l’action se déroule au détriment de certains personnages, sacrifiés par le réalisateur, mal à l’aise devant l’ampleur de son propos. A-t-il été fasciné, puis écrasé par la présence et la personnalité de Big B. ? Il est irritant de voir progressivement les rôles d’Arjun Rampal et d’Amrita Rao réduits, à peu de chose près, à de simples utilités.

On aurait souhaité des rôles féminins plus développés. Celui de Sumitra, déjà très secondaire on l’a dit, se métamorphose vers la fin du film en figuration intelligente, et celui de Yasmina, malgré ce que déclare Prakash Jha dans le making of, aurait gagné à être plus approfondi. Le personnage est déterminant dans les changements de comportements de Manav et pourtant on a parfois l’impression que le réalisateur est gêné par sa créature. L’histoire d’amour qu’il introduit semble alors convenue et plaquée pour résoudre son embarras. C’est dommage.

C’est d’autant plus dommage que les acteurs sont tous excellents. Kareena Kapoor s’améliore de rôle en rôle et semble parvenue à une maturité et un niveau d’exigence qu’on souhaite voir durer. On devine une grande confiance, voire une complicité, entre Prakash Jha et Arjun Rampal ou Ajay Devgan, qui ont tous les deux déjà tourné à plusieurs reprises avec lui. Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes et cela crève l’écran. Il est évident qu’Amitabh Bachchan est à la hauteur de ce que l’on connaît de lui, sans trop cabotiner. Il faut dire que le rôle s’y prête mal. Manoj Bajpai est quant à lui détestable à souhait, et parfait, dans son emploi de politicien abject. Décidément un grand acteur !

Toujours parmi les acteurs, la foule, protagoniste essentiel que le cinéaste se plaît à filmer. Les grands rassemblements de population l’enthousiasment et l’inspirent, aussi les manifestations pacifiques, puis les émeutes, qu’il met en images sont réussies, sans recours à d’extraordinaires effets spéciaux. L’hommage au Gandhi de Richard Attenborough est évident. Pour Satyagraha, c’est la population de Bophal que Prakash Jha a mise à contribution pour figurer dans son œuvre. En effet, la plupart des scènes de son long-métrage ont été tournées dans les rues de cette localité et non dans la ville d’Ambikapur.

La bande son est éclectique et accompagne parfaitement les moments forts du film. La chanson-titre, Satyagraha, reprise émouvante du bhajan favori de Gandhi, Raghupati Ragahv Raja Ram, chantée par Rajiv Sunderresan, Shivam Pathak et Shweta, est aussi un hommage au film d’Attenborough. Le très électro Aiyo Ji, interprété par Shraddha Pandit, annonce les bouleversements personnels de Manav. On danse très peu, mais on marche beaucoup dans Satyagraha, sur le rythme du très entraînant Janta Rocks de la première partie, ou sur le plus dur Hum Bhole The de la deuxième partie. D’autres préfèreront la chanson d’amour, Ras ke Bhare Tore Naina, au rythme lent et nostalgique.

C’est le même monde politique corrompu que dénonçait et interrogeait Prakash Jha dans Raajneeti, mais la trame même du Mahabharata, puissant fil conducteur, lui laissait plus de liberté à l’intérieur de son cadre. Il jouait avec les codes du cinéma commercial pour faire passer son message. Dans cette dernière œuvre, il n’a plus l’alibi de la grande épopée mythologique fondatrice, il se met à nu et manque un peu de souffle. C’est ce qui explique peut-être la déception du public et l’échec commercial de Satyagraha lors de sa sortie en salles. On aurait tort cependant de s’en remettre aux jugements du box-office. En dépit de ses maladresses, ce drame social et politique a des qualités indéniables et mérite d’être vu, au moins autant que la plupart des productions hindis « sérieuses » de ces derniers mois, polars glauques, films de gangsters sanglants ou resucées de films d’action américains.



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