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Shaitan

Traduction : Démon

Année2011
LangueHindi
GenresDrame, Thriller
RéalisateurBejoy Nambiar
Dir. PhotoR. Madhi
ScénaristesBejoy Nambiar, Megha Ramaswamy
ActeursKalki Koechlin, Shiv Pandit, Gulshan Devaiah, Rajeev Khandelwal, Neil Bhoopalam, Kirti Kulhari
Dir. MusicalAmar Mohile, Laxmikant-Pyarelal, Ranjit Barot, Prashant Pillai, Anupam Roy
ParoliersK. S. Krishnan, Sanjeev Sharma, Colin Terence, Abhishek, Shradha
ChanteursSuraj Jagan, Ranjit Barot, Suzanne D’Mello, Suman Sridhar, Preeti Pillai, Colin Terence, Abhishek, Shradha, Prashant Pillai, Bindu Nambiar, Kirti Sagatia, Chandan Shive, Farhad Bhiwandiwala, K. S. Krishnan, Hitesh Modak, Kalloist
ProducteursAnurag Kashyap, Guneet Monga, Sunil Bohra
Durée127 mn

Bande originale

Amy’s Theme
Fareeda
Josh
Hawa Hawai
Nasha
O Yaara
Pintya
Zindagi
Bali (The Sound of Shaitan)
Enter (Music)
Nasha (Rock & Soul Version)
Outro (Music)
Retro Pop Shit (Music)
Unleashed (Music)

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 30 octobre 2012

Note :
(7.5/10)

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Amy (Kalki Koechlin), arrivant de Los Angeles, est acceptée dans une petite bande de fils-à-papa menée par KC (Gulshan Devaiya). Avec Dash (Shiv Pandit), Zubin (Neil Bhoopalam) et Tanya (Kirti Kulhari), ils forment un groupe de cinq jeunes bons à rien inséparables qui croquent la vie par les deux bouts. Plus exactement, ils la boivent, la fument et la sniffent. Leur existence oscille entre blagues potaches, farniente dans les piscines des papas, sorties en boîte et virées dans les bars.

L’inspecteur Mathur (Rajeev Khandelwal) est à cent lieues de cet univers de désœuvrement. Sa femme le quitte et il est sous le coup d’une suspension, ce qui ne l’empêche pas d’outrepasser froidement et brutalement les pouvoirs qu’il n’a plus. En regard, la petite troupe de gosses de riches est insouciante. Les bêtises commises ne sont finalement pas bien méchantes, si l’on excepte peut-être de quelques accès de fureur de KC quand il est contrarié.

Mais tout change un soir lorsque leur énorme Hummer jaune écrase deux malheureux en scooter. Ils s’enfuient des lieux de l’accident en laissant deux cadavres derrière eux, mais un policier perspicace retrouve rapidement leur trace. Plutôt que de boucler son enquête, il profite de la situation en les faisant ouvertement chanter : deux millions et demi de roupies avant deux jours et on oublie tout, sinon, c’est la prison pour les cinq. Leurs familles ont de l’argent mais ce n’est pas leur cas, et la somme est énorme.

Réunir les fonds est leur seule échappatoire. Ils vont alors prendre une décision lourde de conséquences qui va leur faire croiser la route de l’inspecteur Mathur…

Bejoy Nambiar a eu toutes les difficultés pour monter Shaitan, son premier film. Finalement Anurag Kashyap a décidé de le coproduire et c’est d’ailleurs lui qui ouvre le film en faisant face caméra les mises en gardes légales contre le tabac, l’alcool et la drogue. Ce n’est peut-être pas un hasard car Shaitan reprend quelques éléments de Paanch, son premier film qui n’a jamais pu être diffusé officiellement du fait de la censure. Les similitudes avec l’univers d’Anurag Kashyap ne s’arrêtent pas à quelques éléments scénaristiques. La cinématographie présente aussi de nombreux points communs avec celle de Dev. D. On retrouve également deux acteurs-clés du film, Gulshan Devaiya et Kalki Koechlin, dans That Girl in Yellow Boots, qu’Anurag Kashyap a réalisé la même année.

Shaitan fait donc partie de ce "nouveau cinéma indien" au même titre que les films récents de Ram Gopal Varma comme Department ou Not a Love Story. Les difficultés de production ont entraîné un budget revu à la baisse, ce qui explique certainement en partie le choix de jeunes acteurs quasi-débutants. Mais l’ambition tant visuelle que narrative est bien là. On n’est absolument pas dans un petit film intimiste mais dans une œuvre d’importance qui vise le grand public. Certains plans sont magnifiques et les ralentis sont époustouflants. Dans un passage en particulier où Amy jette un pot de pop-corn, le jeu sur la vitesse de prise de vue et sur la profondeur de champ produit un effet de relief absolument saisissant. Les effets de ce niveau sont nombreux dans Shaitan, ce qui met le spectateur en attente de la nouveauté et participe du fait qu’on ne s’ennuie pas une seconde.

Cette manière de filmer novatrice dans le cinéma indien est également en totale adéquation avec le sujet : Shaitan est un film sur une jeunesse rebelle. Les cinq jeunes ne cherchent toutefois pas à refaire le monde, ils le refusent et s’en abstraient. Tout cela dans une certaine mesure car ils profitent autant que possible des facilités que la vie leur offre. Ils sont jouisseurs et immatures en s’offrant le privilège de l’insouciance. C’est-à-dire qu’ils sont encore dans une certaine forme d’enfance. L’accident, et plus encore la succession de décisions plus ou moins hasardeuses qu’ils vont prendre va les jeter brutalement dans la réalité. Plus qu’un film sur le passage à l’âge adulte, Shaitan nous montre ce à quoi beaucoup d’entre nous avons pu par chance échapper.

L’inspecteur Mathur, magnifiquement interprété par Rajeev Khandelwal, est à l’inverse de cette désinvolture infantile. Il vit plongé dans l’horreur quotidienne et terre-à-terre. Il doit affronter à la fois son divorce mais aussi des passe-droits, la corruption, la violence, les torture policières, les crimes. Il résiste seul dans un univers très noir. C’est un personnage sonné mais pas encore assommé, qui n’est pas devenu cynique. Il ressemble étonnamment à une version rajeunie et modernisée de Dirty Harry. Mais Bombay en ébullition et la présence très physique de Rajeev Khandelwal sont peut-être plus crédibles que le San Francisco d’un Harry Callahan fatigué et vieillissant.

Le film présente l’inspecteur Mathur dans une scène extrêmement percutante tournée en caméra subjective. Il en est difficile au début de comprendre vraiment à qui on a à faire : un flic ou un voyou. Le personnage s’éclaircit par petites touches, et sa profondeur apparaît. C’est cet homme blessé, complexe, désabusé et en définitive assez attachant qui va devoir démêler « l’affaire ».

Des cinq jeunes au contraire on ne sait quasiment rien. On comprend rapidement que trois d’entre eux, KC, Amy et Zubin, sont issus de familles très aisées, que Tanya cherche à percer dans le cinéma, et que Dash gravite dans la petite délinquance. Mais mis à part Amy, rien n’est dit de leurs fêlures et les relations entre eux sont tout juste ébauchées. Il s’agit de ce fait de personnages assez lisses. Ils sont même tellement égocentriques qu’il est difficile d’éprouver pour eux la moindre empathie. Les problèmes auxquels ils sont confrontés ne nous touchent pas beaucoup et c’est ici la faiblesse de Shaitan.

Les cinq jeunes acteurs sont pourtant parfaits chacun dans leur rôle. Gulshan Devaiya qu’on a vu dans That Girl in Yellow Boots et Hate Story campe un KC toujours prêt à basculer dans la violence. Neil Bhoopalam qui faisait le barman dans No One Killed Jessica apporte une touche d’innocence bienvenue, tandis que Kalki Koechlin (Dev. D, That Girl in Yellow Boots) est à la limite de plonger dans la folie à mesure qu’elle abuse de la cocaïne.

Comme pour compenser le manque de profondeur scénaristique, l’histoire d’Amy et la source du choc traumatique qui la hante sont distillées tout au long du film, jusqu’au dévoilement final dans une cathédrale. C’est également dans cette cathédrale que le démon (shaitan en hindi) s’exprime une dernière fois. Il est cependant difficile de voir une morale chrétienne dans le dénouement de Shaitan. Les choses vont reprendre leur place tant bien que mal, sans pardon ni de faute avouée. Le démon est simplement retourné tapi dans l’ombre, prêt à resurgir.

La musique résolument moderne soutient formidablement les images et la narration. Le plus souvent on ne la remarque pas car elle fait totalement partie intégrante du film. La reprise jazzy de Khoya Khoya Chand pendant une scène d’action spectaculaire est un moment de virtuosité cinématographique assez proche de ce qu’aurait pu faire Quentin Tarentino. Là encore, musique et images sont indissociables. De même, le hard rock pendant la course de voiture comme le travail sur le son lors de l’accident qui suit, font physiquement ressentir au spectateur l’excitation puis le choc. Shaitan est un film qui s’écoute à fond !

Shaitan est un film percutant à bien des égards. Loin d’être uniquement une collection d’images magnifiques et de scènes d’action virtuoses, il nous plonge ou nous re-plonge dans l’insouciance et la désinvolture qui précèdent l’âge adulte. C’est également un thriller haletant tout autant qu’une œuvre sombre et pessimiste. Il révèle de jeunes acteurs tous remarquables et un cinéaste, Bejoy Nambiar, avec lequel il faudra certainement compter.



Bande-annonce

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