]]>

Sous un ciel de marbre

Publié vendredi 5 juin 2015
Dernière modification samedi 20 juin 2015
Article lu 248 fois

Par Surya

Rubrique Littérature
◀ L’Inde des Livres, une moisson d’idées-cadeaux pour les fêtes
▶ L’Inconnue de Bangalore

John Shors est un auteur américain en pleine ascension. Si vous ne le connaissez pas, nous allons y remédier. Après avoir parcouru l’Asie en long, en large, et en travers, il s’est finalement installé à Boulder dans le Colorado où il coule des jours heureux avec sa femme et leurs deux enfants.

Sous un ciel de marbre est son premier roman. Quelle belle reconnaissance qu’il soit en plus un best-seller ! Et sincèrement quand on l’a lu, on comprend vraiment pourquoi. On ne sait que trop que le Taj Mahal a scellé dans son marbre l’une des plus belles histoires d’amour de tous les temps entre la belle Arjumand, devenue la célèbre Mumtaz-Mahal et son mari aimant et dévoué, l’empereur Shah Jahan, qui devint inconsolable lorsqu’elle rendit son dernier souffle en mettant au monde leur quatorzième enfant (et oui quatorze, ce n’étaient pas des petits joueurs à l’époque).

Le livre s’ouvre sur une grand-mère, Jahanara dite Jaha, qui commence le récit de sa vie à ses deux petites filles, Gulbadan et Rurayya. Dès la dix-septième page, on sent notre pouls s’accélérer lorsque Jaha dit : « Autrefois, Alamgir s’appelait Aurangzeb, leur confié-je enfin, en les regardant dans les yeux. Et, autrefois, j’étais sa sœur. » Nous voilà alors plongés dans l’Hindoustan du XVIIe siècle et dans l’enfance de la fille du couple impérial entourée de ses quatre frères, Dara, Aurangzeb, Shah et Murad. Nous apprenons tout de l’époque, du tempérament de chacun et on voit comment s’est dessiné, au fur et à mesure des pages, le funeste destin de l’empire Moghol. En effet, Aurangzeb, dernier fils de Shah Jahan et Arjumand, a développé durant toute son enfance une jalousie amère envers son frère aîné Dara, légitime héritier du célèbre trône du Paon. C’est une lutte sans merci qui se déroule sous nos yeux car Aurangzeb est prêt à tout pour arriver à ses fins, même au pire.

Pour Jahanara, la vie n’est pas de tout repos. Entre son apprentissage de l’architecture, de la danse ou de la politique, son mariage forcé à l’âge de seize ans avec le sinistre Khondamir, le décès de sa mère bien aimée et le début de la construction du mausolée, elle n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour sauver les siens. Nous avons donc là, la parfaite recette du roman historique où se mêlent intrigues, trahison, amour et amitié sur fond de luttes fratricides et de liaisons interdites. Il est important de souligner le caractère féministe de ce roman dans la mesure où le personnage principal est une femme et pas n’importe laquelle. Une femme avec une force de caractère sans égal qui donne toute sa dimension à cette fresque orientale. Croyez moi, il est impossible que cette épopée vous laisse de marbre.

Dans la même lignée que le célèbre roman de T. N. Murari, Taj, qui traite du même sujet, on prend un réel plaisir à découvrir ce pan de l‘Histoire indienne. Il est intéressant de mettre en parallèle ces deux œuvres. Les faits historiques sont les même, mais la façon dont est romancée l’intrigue et même sa construction présentent tout de même des différences. Dans un chapitre sur deux, le roman raconte l’histoire d’amour entre Shah Jahan et sa bien aimée : leur rencontre, la naissance de leurs sentiments, leur mariage et leur vie de couple. L’autre partie est dédiée à la construction du mausolée après la disparition de Mumtaz Mahal jusqu‘à l‘emprisonnement de Shah Jahan dans le Fort Rouge, prisonnier de son fils Aurangzeb. On ressent alors le profond désespoir de l’empereur déchu qui, de sa fenêtre, voit s’élever sous ses yeux la dernière demeure de sa dulcinée. Ces livres n’enjolivent pas la réalité de l’époque et peuvent se montrer très durs parfois voire même heurter la sensibilité de certains jeunes lecteurs. Il est certain que ces deux récits se complètent. A travers eux, l’Histoire indienne prend tout son sens.

Malgré tout, Sous un ciel de marbre a été élu Livre de l’année 2004 par le magazine ForeWord. Traduit dans une dizaine de langues, il est aujourd’hui en cours d’adaptation cinématographique à Hollywood par Humble Journey Films qui a racheté les droits. Nous ne connaissons pas encore le nom du futur réalisateur. Vivement la sortie de ce film ! Mais en attendant, je ne peux que vous souhaiter bonne lecture.

Fiche bibliographique :

Titre : Sous un ciel de marbre

Auteur : John Shors

Édition : Le Livre de poche , avril 2008, 511 pages, traduit par Virginie Buhl (1ère édition française, Buchet-Chastel, 2007)

EAN / ISBN : 9782253122432

Commentaires
Pas encore de commentaires