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Student of the Year

Traduction : Étudiant de l'Année

Bande originale

The Disco Song
Ishq Wala Love
Radha
Ratta Maar
Kukkad
Vele
Mashup of the Year

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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 26 février 2013

Note :
(5/10)

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Dix ans auparavant, le proviseur de l’université St Theresa a démissionné de son poste à la suite de la compétition Student of the Year (Etudiant de l’année) qu’il organisait pourtant depuis un quart de siècle. Il est maintenant au plus mal, seul, dans un hôpital. Sudo (Kayoze Irani), un ancien élève, se charge de prévenir quelques camarades de la dernière promotion pour aller à son chevet. Ils sont tous là, sauf Abhimanyu (Sidharth Malhotra), Rohan (Varun Dhawan) et Shanaya (Alia Bhatt). Les amis se rappellent alors avec émotion cette dernière année et les évènements dramatiques qui ont menés au retrait du proviseur.

Shanaya était une fashonista qui entretenait une liaison avec Rohan, fils d’un très important businessman. Mais celui-ci un peu artiste, se laissait séduire par Tanya (Sana Saeed), avide de relations avantageuses. Au début de cette dernière année, le bel Abhimanyu, issu d’une famille très modeste, intègre l’université. Le fortuné Rohan cherche à l’humilier, mais Abhi ne s’en laisse pas compter et cela finit immanquablement dans le bureau du proviseur (Rishi Kapoor).

Ce dernier est ouvertement gay, ce qui ne l’empêche pas de diriger l’université avec énergie. Il est sur le point de lancer la 25e édition de la compétition Student of the Year où les meilleurs élèves s’affronteront pour un prix important : une bourse d’étude dans une université internationale…

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Rohan, sous son meilleur jour

Student of the Year est le cinquième film de Karan Johar en tant que scénariste-réalisateur. Toutes ses réalisations précédentes ont été des succès considérables et certaines, comme Khabhi Kuchi Kabhie Gham sont encore aujourd’hui des références incontournables. Il s’agit aussi d’une personnalité majeure du « tout-Bollywood » dont chaque apparition, que ce soit dans une soirée mondaine, sur un plateau de télévision ou dans ses propres shows, est toujours très remarquée. Pour ne rien gâcher, la société de production fondée par son père et qu’il dirige est florissante, enchaînant les réussites commerciales. Cet homme comblé, qui à 40 ans n’a plus rien à prouver, nous offre fin 2012 un film étrange.

A première vue, il nous présente ici un triangle amoureux traditionnel : deux jeunes gens se déchirent pour les faveurs d’une demoiselle. Seulement, on remarque dès les premières minutes que quelque chose ne va pas avec l’objet de leur désir estudiantin. Alia Bhatt dans le rôle de Shanaya n’est pas très jolie – pas d’une beauté classique dit-on – ce qui ne serait pas rédhibitoire si elle avait de la présence ou une forte personnalité. Malheureusement, elle est très peu expressive et le rôle qui lui est donné est particulièrement pauvre. Pour ne rien arranger, elle est plutôt petite et pour la grandir, elle est affublée d’accoutrements tous plus hideux les uns que les autres (platform shoes à talons interminables, robes très courtes avec la ceinture portée très haut pour allonger artificiellement les jambes mais qui lui raccourcissent le buste etc.). Enfin, son personnage devrait avoir une vingtaine d’année, mais même outrageusement maquillée elle en parait 16 tout au plus. Alia n’est pas la girl next door, c’est sa fille.

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Shanaya, la fashonista

Si l’idée consistait à faire de Shanaya un objet de désir quasi-muet, Bollywood ne manquait pas de starlettes toutes plus affriolantes les unes que les autres à même de donner de la crédibilité à l’intérêt porté par les deux mâles. Mais non. Et c’est une première source d’étonnement. Cette surprise est accentuée par l’autre personnage féminin, Tanya, interprétée par Sana Saeed qui était la « petite Anjali » dans Kuch Kuch Hota Hai. Cette petite fille qui a attendri des millions de spectateurs en 1998, incarne ici pour son premier rôle adulte, une cagole insupportable, une version bavarde et en définitive vulgaire de la starlette évoquée juste avant. Si Shanaya ne présente aucun intérêt, Tanya est un repoussoir. Lorsqu’on rajoute la mère lâche de Rohan, la copine veule qu’on pousse sans ménagement et la femme de l’entraîneur qui se fait assommer d’un coup de tambourin, on en vient à penser que Student of the Year ne met vraiment pas les femmes en valeur. Le seul personnage féminin positif est la grand-mère d’Abhi, interprétée par l’adorable Farida Jalal ; on ne dévoilera pas ce que l’histoire fait d’elle…

Pourtant le film se présente de prime abord comme une comédie telle qu’on aurait pu l’attendre de Karan Johar. Un petit groupe de jeunes, désœuvrés et richissimes pour certains, savourent la vie facile dans une université huppée. On aura reconnu le même point de départ que Kuch Kuch Hota Hai, St Theresa ayant remplacé St Xavier. Mais plus encore que dans son illustre prédécesseur, les situations montrées sont très excessives et on tente maladroitement de nous faire croire que c’est à un film largeur than life que nous sommes conviés. Les enjeux sont pourtant simultanément faibles et infantiles, à l’image de la chasse au trésor censée démontrer la culture générale des étudiants. Le montage efficace ne peut pas compenser l’absence d’intérêt de la trame ridicule.

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Abhimanyu, à son avantage

Il reste le tourbillon des sentiments, vanté comme le point fort du film. Deux éphèbes s’affrontent donc pour le cœur d’une belle, toutefois très ordinaire et relativement peu concernée. Mais ce qui frappe d’emblée, c’est le traitement cinématographique des deux héros. Ils sont détaillés sous toutes les coutures et leur extrême virilité est mise en avant comme rarement. Le spectateur que je suis ne peut manqué d’être troublé par tant d’affection portée à la plastique masculine. On en vient alors à remarquer les innombrables allusions à l’homosexualité. Cela commence bien sûr par le proviseur joué par le formidable Rishi Kapoor. Il incarne une « folle » comme jamais dans le cinéma indien, presque à la hauteur d’un Michel Serrault. Il va même très loin comme par exemple lorsqu’il renverse une tasse de thé sur son costume à la vue du professeur de gymnastique et qu’il s’écrit : « Oh my God, I’m all wet ! I’m all wet ! » (1). Bien sûr le ressort comique est là, mais c’est finalement plus attendrissant que drôle, et à des années lumières des blagues grasses habituelles comme celles que Bodyguard nous fait subir par exemple.

Au delà des ralentis suggestifs, des regards échangés, du couple masculin pendant l’épreuve de danse, ou des mimiques explicites de Vaibhavi Merchant dans cette même épreuve, la question est posée ouvertement entre les deux hommes : « Es-tu gay ? ». Le film prend alors une dimension différente, très éloignée d’un Dostana où l’homosexualité n’était qu’un leurre. Student of the Year nous propose en réalité deux histoires superposées : une historiette naïve, traditionnelle et sans grand intérêt, et une évocation de l’homosexualité masculine qui exclut les femmes. Elle est mal assumée, comme lorsque Abhi demande à Rohan « Tu ne vas pas m’embrasser n’est-ce pas ? » et que finalement, après un dernier déni, il ne fait que l’étreindre en tout bien tout honneur.

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Le jardin secret du proviseur, dans un film à tiroir

Le film prend même une tournure émouvante lorsqu’on réalise le nombre d’éléments autobiographiques que Karan Johar y a disséminé. Il est le flamboyant proviseur bien sûr, mais aussi Sudo formidablement interprété par Kayoze Irani, et certainement un peu Rohan qui a des relations très difficiles avec son père et qui ne sait pas s’il aime réellement les femmes. Student of the Year en devient alors touchant et sa démarche compréhensible. Cependant, il n’a pas osé franchir le pas comme Ang Lee dans Le Secret de Brokeback Mountain avait pu le faire. Le « problème » n’est pas non plus évoqué frontalement comme sait le faire Onir en Inde même. Karan Johar ne fait que gratter la surface et son message subliminal de tolérance et de souffrance reste obscur. Mais peut-être ne pouvait-il aller au delà aujourd’hui à Bollywood…

Pour évoquer sa propre histoire, il fallait des nouveaux-venus pour que ce film soit entièrement le sien et qu’il en assume ainsi l’entière responsabilité. Ils s’en sortent à vrai dire moyennement, si ce n’est peut-être Sidharth Malhotra sur lequel des rumeurs de relation avec Karan Johar ont circulé il y a 2 ans. Les second rôles sont meilleurs même s’ils n’ont parfois presque pas de texte comme Rohit Roy. La musique du duo Vishal–Shekhar ne laisse pas plus de souvenir que les chorégraphies portées par des acteurs qui dansent de façon médiocre. Il faudrait peut-être sauver Disco Deewane qui est une reprise réarrangée d’un immense tube disco datant de 1981 de la chanteuse pakistanaise Nazia Hassan. Sa mise en scène peu inventive se laisse regarder avec plaisir et la chanson a tendance à rester dans l’oreille.

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Dimpy et Sudo s’embarquent pour la folie du disco

Student of the Year laisse une impression mitigée. Son triangle amoureux dont Alia Bhatt constitue un des sommets n’est ni crédible ni émouvant. Il peut cependant se regarder au premier degré. Malheureusement, la déception pourrait alors l’emporter, car il souffre fortement de la comparaison avec les œuvres précédentes de Karan Johar.

La raison pour laquelle ce film n’a été promu qu’autour du seul nom de son scénariste-réalisateur — le film a été co-produit par Red Chillies, la maison de production de Gauri Khan et de son mari Shah Rukh — réside dans les nombreux aspects autobiographiques qu’il contient et l’accent mis sur l’homosexualité masculine. L’histoire d’amour fantasmée décrite en filigrane dans le film est en réalité entre les deux hommes. Cet aspect est visiblement tellement tabou en Inde qu’il a été en grande partie gommé par la presse cinématographique. À l’inverse, il a pu choquer en occident par ses côtés cachés et en définitive assez honteux. On pourrait également être gêné par sa misogynie affichée. Mais il n’en reste pas moins un témoignage des difficultés de la représentation de l’homosexualité dans l’univers très commercial de Bollywood.

(1) « Oh mon Dieu, je suis tout mouillé ! je suis tout mouillé ! »



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