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Tahaan


Année2008
LangueHindi
GenreFilms semi-commerciaux
RéalisateurSantosh Sivan
Dir. PhotoSantosh Sivan
ScénaristesSantosh Sivan, Ritesh Menon, Paul Hardart
ActeursAnupam Kher, Rahul Bose, Purav Bhandare
Dir. MusicalAdnan Sami, Taufiq Qureshi
ParoliersMehboob Kotwal, Fazil Kashmiri
ChanteurGulzar Ganai
ProducteursShripal Morakhia, Mubina Rattonsey
Durée120 mn

Bande originale

Jee Lo
Mastaan Mastaan
Tahaan
Shaft Of Light
Dilemma

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Jawadsoprano - le 11 mai 2009

Note :
(9.5/10)

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Il y a des fois, en regardant un film, où le temps s’arrête complètement et on se retrouve captivé par une histoire, une ambiance ou les deux. Tahaan fait partie des films qui vous procurent ce type de sensation.

Tahaan est un petit garçon de 8 ans qui vit dans le Cachemire. Avec sa mère, sa sœur et son grand-père il mène une petite vie paisible malgré la présence des forces militaires et la disparition de son père depuis plusieurs années. Tahaan s’est finalement construit son petit monde qui gravite autour de Bilbar, son âne. L’amitié entre le jeune garçon et l’âne est telle, que ce dernier n’obéit qu’aux ordres de Tahaan. Mais un jour, lorsque le grand-père meurt, la famille de Tahaan est obligé de vendre Bilbar au prêteur de fonds local pour rembourser une partie de leur dette. Tahaan, se refusant à ce coup du sort, va tout faire pour reprendre Bilbar, même les choses les plus dangereuses. Durant cette aventure, il va rencontrer des personnages atypiques et effectuer une quête qui l’amènera à donner un sens à sa vie…

Les réalisateurs de films d’auteur ont la passion des jeunes bambins. Après Ramchand Pakistani et The Blue Umbrella, Tahaan met lui aussi en vedette un enfant prodige. Le réalisateur Santosh Sivan, à qui l’on doit Asoka ou The Terrorist ne s’y est pas trompé. A la candide fraîcheur de son héros, il rajoute une sorte de poésie ambiante dans la réalisation, faisant de Tahaan une expérience unique.

Tout d’abord, Santosh Sivan nous fait voyager d’une façon inhabituelle. En effet, il nous propose une sorte de road-trip sur une distance très courte. Pas de traversée du désert, ni de tour du monde pour Tahaan, seulement le parcours des environs de son village, coincé dans la vallée du Cachemire. Cela ne nous empêche pas de voyager, bien au contraire. La caméra de Santosh Sivan sublime décors et paysages. Il nous en met plein la vue avec une alternance de plans lumineux (comme touchés par la grâce), de plans sombres, d’autres centrés sur la faune et la flore qui contrastent avec le froid de la neige et de la glace… bref, on ressort de ce film comme si on avait réellement parcouru les montagnes du Cachemire en compagnie de Tahaan. Il est à noter que le film a entièrement été tourné au Cachemire, à Pahalgam. Cela faisait 18 ans qu’un film n’avait pas complètement été tourné dans la région à cause de la situation d’urgence qui règne dans la vallée (le film Yahaan avait été tourné dans une autre partie du Cachemire).

L’histoire du film est simple, mais les péripéties du jeune Tahaan sont passionnantes, et amènent de nombreuses questions tout au long du film. Comme le héros, on ne comprend pas tout se qui se passe, mais comme lui on va le découvrir au fur et à mesure de son voyage initiatique. Dès les premières scènes on est sensible à la relation particulière qui existe entre Tahaan et Bilbar. La complicité entre l’animal et le garçon est touchante, et on attend de les voir réunis à nouveau. Tout en conservant ce fil rouge, le réalisateur arrive à nous faire rire, à nous émouvoir, mais aussi à nous faire réfléchir. Les scènes de fond suggérant le conflit du Cachemire se font de plus en plus pressantes, et inévitablement se mêlent au quotidien de notre héros.

Jamais misérabiliste, ni donneur de leçons, le propos du film est engagé et décalé, comme le montre une scène en particulier. Tahaan cherche Subhan Darr (Anupam Kher) et demande à des enfants qui jouent à la guerre avec des mitraillettes en plastique. Ils font semblant d’être tués, et seul Tahaan erre et demande à chacun où est passé Subhan Darr. Il est décalé par rapport aux événements car une seule chose lui importe, retrouver son âne Bilbar. Comme celle-ci, le film est truffé de scènes inoubliables. On notera la magnifique course entre l’âne de Tahaan et les mules de Zafar (Rahul Bose), le mystère autour du village déserté de l’ami de Subhan Darr ou encore la séquence des chanteurs de qawwali (sorte de "checkpoint" pour se situer dans le parcours effectué par Tahaan).

Sans le jeune Purav Bhandare, le film n’aurait pas été le même. Extraordinaire du début à la fin, sa prestation transcende le film. Qui penserait que ce gamin vit avec ses parents dans un quartier de Mumbai, qu’il va à l’école ? Après avoir vu Tahaan, on est en droit de s’imaginer que Purav habite depuis sa plus tendre enfance dans ce village reculé du Cachemire. Sa présence gestuelle, son langage, son regard sont simplement exceptionnels. Si Darsheel Safary de Taare Zameen Par et Syed Fazel Hussain de Ramchand Pakistani nous avaient impressionnés l’année dernière, le naturel de Purav Bhandare est une vraie claque. Anupam Kher ne s’y est pas trompé en ne cessant de louer les qualités de son jeune collègue.

On est d’ailleurs heureux de retrouver Anupam Kher dans ce rôle désinvolte et roublard. Il marque de son empreinte le film avec sa classe et son talent. Mais il n’est pas la seule surprise du casting. De nombreux acteurs reconnus du cinéma indien ont en effet accepté de faire des apparitions plus ou moins importantes. On notera le rôle ahuri de Rahul Bose qui montre une de ses autres facettes, la retenue de Sarika en mère éplorée, ou le rôle ingrat de Rahul Khanna.

Techniquement le film est une merveille. La photographie de Santosh Sivan est une fois de plus parfaite. Celui qui a obtenu plusieurs fois le National Award pour la photographie de films tels que Dil Se… ou Halo, nous fait découvrir toute la beauté et l’urgence du Cachemire. Le montage est lui aussi très réussi. Il s’adapte selon l’humeur de la scène, il peut ainsi se révéler dynamique ou plus posé.

La musique signée Taufique Qureshi et Adnan Sami est tour à tour hypnotique, festive, spirituelle ou sombre. Elle s’adapte ainsi aux différentes ambiances de l’histoire. Le thème du film rend particulièrement bien.

Tahaan est un film rare, que ce soit dans le cinéma indien ou international. Il raconte une histoire simple et touchante, vous fait voyager, vous scotche par les prestations de son casting et ne lâchera pas vos pensées pendant de nombreuses semaines. Un vrai bijou à voir absolument !

Commentaires
4 commentaires
En réponse à noella - le 07/01/2011 à 20:32

Un film fait pour les enfants ?Ce film me rappelle où est la demeure de mon ami ?de Abbas Kiriostami, parce que le parcours initiatique de l’enfant se fait sur un court trajet mais aussi avec des courses ainsi que des allers retours.Par cet échange entre l’enfant et des adultes de passage où dans les deux films enfants et adultes ne sont pas dans une même logique, mais ici l’enfant est malgré tout plus "ménagé" par les adultes que dans le film iranien, malgré le contexte plus violent qui l’entoure, même si on retrouve une "utilisation" du fait de leur état .Ici aussi on se retrouve dans un paysage mais si le metteur en scène iranien l’avait construit , là effectivement c’est la lumière qui oriente le regard.Ce type de film avec des enfants est à part, et souvent une réussite, comme si un voyage à travers un paysage au sens large du terme devenait de suite poétique.Je pense aussi à un autre film iranien de toute beauté que je vous conseille "bab’Aziz le prince qui contemplait son âme" de Nacir Khémir , un voyage initiatique d’inspiration soufi , mais avec une petite fille, en plein désert.Là aussi elle se met à danser spontanément et avec une grâce, comme le petit Tahan. Les rencontres sont symboliques, puisque par principe l’enfant n’est pas dans la logique mais dans l’instant même si il a un but précis comme ici , il est tout à son but ; en y pensant c’est ce qui crée la poésie par rapport à un film basé sur un adulte ; il n’est pas dans l’obsession de sa justification, il est .La présence de "l’innocent" est assez habituelle ; cette "innocence" dans un corps d’adulte met en valeurs celle de l’enfant, mais ici ce n’est pas une réussite du fait du jeu de l’acteur.Je pense à la scène où ils se sont fait avoir pour la course ou lorsqu’il veut lui donner ses lunettes ; il n’est pas convaincant, on n’arrive pas à l’oublier, à le voir "innocent", on pense R. Bose joue.

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noella le 07/01/2011 à 20:32

Un film fait pour les enfants ?Ce film me rappelle où est la demeure de mon ami ?de Abbas Kiriostami, parce que le parcours initiatique de l’enfant se fait sur un court trajet mais aussi avec des courses ainsi que des allers retours.Par cet échange entre l’enfant et des adultes de passage où dans les deux films enfants et adultes ne sont pas dans une même logique, mais ici l’enfant est malgré tout plus "ménagé" par les adultes que dans le film iranien, malgré le contexte plus violent qui l’entoure, même si on retrouve une "utilisation" du fait de leur état .Ici aussi on se retrouve dans un paysage mais si le metteur en scène iranien l’avait construit , là effectivement c’est la lumière qui oriente le regard.Ce type de film avec des enfants est à part, et souvent une réussite, comme si un voyage à travers un paysage au sens large du terme devenait de suite poétique.Je pense aussi à un autre film iranien de toute beauté que je vous conseille "bab’Aziz le prince qui contemplait son âme" de Nacir Khémir , un voyage initiatique d’inspiration soufi , mais avec une petite fille, en plein désert.Là aussi elle se met à danser spontanément et avec une grâce, comme le petit Tahan. Les rencontres sont symboliques, puisque par principe l’enfant n’est pas dans la logique mais dans l’instant même si il a un but précis comme ici , il est tout à son but ; en y pensant c’est ce qui crée la poésie par rapport à un film basé sur un adulte ; il n’est pas dans l’obsession de sa justification, il est .La présence de "l’innocent" est assez habituelle ; cette "innocence" dans un corps d’adulte met en valeurs celle de l’enfant, mais ici ce n’est pas une réussite du fait du jeu de l’acteur.Je pense à la scène où ils se sont fait avoir pour la course ou lorsqu’il veut lui donner ses lunettes ; il n’est pas convaincant, on n’arrive pas à l’oublier, à le voir "innocent", on pense R. Bose joue.

Soniya le 16/07/2009 à 01:55

Alors ça y est je l’ai vu et, le film est effectivement à voir, mais comme Gorkita, je ne partage pas entièrement ton enthousiasme : il y a quelques faiblesses au niveau scénario, je crois que le réalisateur a voulu faire un film à destination des enfants et donc a oublié quelques plans et quelques explications pour les adultes, peut-être moins sensibles à la simple poésie de l’épopée que vit le petit garçon. Les paysages du film sont magnifiques, et l’interprete de Tahaan vraiment plein de talent. 7/10 !

gorkita le 15/05/2009 à 20:19

Alors Dieu sait combien Jawad est digne de foi… Mais 9.5 !! Bon le film est bien, extrêmement soulageant face au flot de navet indigent hindis… Mais en revanche je n’ai pas totalement réussi à m’attacher aux personnages qui manquent peut etre de profondeur… A quoi sert la meuf qui se ballade avec Rahul et Anupam… D’ailleurs à quoi sert Rahul ?

Cela dit le gamin et la photo sont parfaits c’est sur et le film mérite indéniablement d’etre vu !

Soniya le 12/05/2009 à 13:30

Devant un tel enthousiasme, on ne peut que décider de voir ce film au plus vite ! Merci pour ta critique Jawad !