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Tamasha


Bande originale

Matargashti
Heer toh badi sad hai
Agar tum saath ho
Wat wat wat
Chali Kahaani
Safarnama
Tu koi aur ho
Parade de la Bastille

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Nady - le 19 avril 2016

Note :
(8/10)

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Le dernier film d’Imtiaz Ali est une véritable mise en abyme, les acteurs y incarnent des personnages qui jouent eux-mêmes des rôles lors d’un voyage inoubliable en Corse !

Lorsque les chemins de Ved et Tara se croisent en Corse, ils décident de ne pas révéler leur identité ; comme un jeu de rôle, ils préfèrent profiter de ces vacances loin de tout et de tous, pour être qui ils souhaitent être et s’amuser. Tara ne s’appelle pas Tara mais Mona Darling, et Ved se prénomme Don, comme le héros du célèbre film ! une identité plus fantaisiste pour rompre avec la banalité des présentations. Leur mot d’ordre : « ce qui se passe en Corse reste en Corse ! » Le retour à leur réalité respective est bien difficile après avoir partagé tant de moments ensemble…

C’est toujours un plaisir de voir Ranbir et Deepika partager l’écran, ce duo fonctionnait très bien dans Jawaani Hai Deewani, (Imtiaz Ali ne semble pas vouloir changer une équipe qui gagne), et le couple fonctionne encore mieux dans Tamasha. La relation semble plus forte, plus émouvante et le fait que le film soit porté uniquement par les deux acteurs renforce l’attachement du spectateur pour les personnages, tandis que Jawaani Hai Deewani se concentrait sur une bande d’amis. Toutefois on retrouve la même inégalité dans le traitement des personnages, avec un rôle masculin bien plus approfondi.

Le voyage, thème récurrent chez Imtiaz Ali, joue un grand rôle dans l’évolution des personnages. Le voyage constitue, de la même façon que dans Jab We Met, l’expérience fondatrice de la relation de Tara et Ved. Ils se découvrent hors de leur quotidien, ce qui accentue la magie de leur lien. Imtiaz Ali, qui a répondu aux questions de notre rédactrice Brigitte, dans cette interview, parle du voyage comme « primordial car il révèle une autre partie de [s]oi-même. Dans votre quotidien, il n’y a pas ce côté spectaculaire et mémorable ». C’est ce côté spectaculaire, cet aspect romantique et cette complicité naissante entre les deux protagonistes que l’on découvre dans la première partie du film. Tara et Ved vivent et partagent, en effet, des moments exceptionnels dont ils ne peuvent se défaire une fois rentrés. Ces instants, loin de la pression professionnelle ou familiale, sont ceux où ils s’autorisent le droit d’être eux-mêmes. Ironiquement, en faisant le pacte de cacher leur identité, en mettant de côté qui ils sont dans leur vie quotidienne respective, ils révèlent leur identité la plus profonde. C’est en cette contradiction que le lien qui les unit puise sa force. Tamasha nous permet aussi de (re)découvrir les splendides paysages corses et de voir d’un regard amusé, les représentations quelque peu stéréotypées des Français portant une marinière et buvant du vin rouge. Mais le retour au pays s’avère plus difficile, c’est dans cette seconde partie que toute la psychologie des personnages est explorée, et que le romantisme et l’humour laissent place à l’émotion et à davantage de profondeur.

La grande force du film réside dans le jeu d’acteur impeccable de Deepika Padukone et Ranbir Kapoor. Deepika endosse à la perfection ce rôle de jeune femme indépendante, qui sait ce qu’elle veut, capable de prendre l’initiative. C’est Tara qui provoque les retrouvailles avec Ved, ne pouvant se résoudre à tirer un trait sur ces moments partagés avec lui en Corse. L’actrice apporte toute la fraîcheur et la spontanéité qu’il faut pour le rôle. Drôle et touchante, son personnage et très vite attachant ; Tara est courageuse dans ses actions mais aussi courageuse dans sa façon d’être, sa sincérité envers elle-même et ses sentiments. Ce qui est dommage et que l’on peut reprocher au réalisateur, c’est peut-être de ne pas avoir suffisamment exploité ce personnage intéressant, dont on explore peu la complexité et la personnalité, par rapport au personnage de Ved, qui lui est davantage développé. Mise à part la passion de Tara pour Astérix en Corse comme motif de son voyage, on ne sait presque rien de l’histoire personnelle de Tara, or le film aurait gagné en profondeur si d’autres éléments nous avaient été révélés.

En effet, le rôle central, qui semble avoir été fait sur mesure pour Ranbir Kapoor, demeure celui du personnage de Ved, un homme tiraillé entre la nécessité de se conformer et ses rêves de petit garçon. Lorsqu’il croise le chemin de Tara, Ved montre une partie de lui-même enfouie, celle qu’il ne s’autorise jamais ; en faisant semblant d’être quelqu’un d’autre c’est son âme d’enfant qui refait surface, c’est sa véritable personnalité qui est mise à jour, de manière assez paradoxale. Le film s’attarde à plusieurs reprises sur l’enfance de Ved, et sur la pression familiale qu’il subit, devant satisfaire les exigeants desseins parentaux. Le petit garçon qui allait écouter les histoires du conteur du village, incarné avec brio par Piyush Mishra, a été mis au placard afin de construire une vie conventionnelle et standardisée. Ved est un acteur qui porte quotidiennement un masque, et c’est ironiquement, lorsqu’il découvre et embrasse sa véritable passion pour le théâtre, choisissant d’être acteur de sa vie, que son masque tombe.

La bande originale est tout simplement superbe, elle colle parfaitement aux différentes scènes du film et survient au bon moment. On retient l’entraînante Matargashti avec sa pointe d’humour, Safarnama, mais aussi les plus émouvantes Agar tum Saath Ho et Heer toh Badi Sad hai, ou encore l’entêtante Wat wat wat ! Ce sont des chansons qui s’écoutent et se réécoutent de nombreuses fois après avoir vu le film (et avant aussi !)

Cette comédie romantique-dramatique s’éloigne des schémas classiques et arrive à transporter le spectateur et à le surprendre. Le film se veut non-conventionnel, comme ses personnages, et c’est réussi ! Tamasha pose des questions existentielles à travers l’histoire de Tara et Ved : celles du conformisme, de la découverte de soi, ou encore des sentiments amoureux et de la perception de l’autre… qui relève parfois davantage de l’imagination, d’une construction, que de la réalité.

C’est donc (presque) un sans faute pour Tamasha qui réussit à divertir, émouvoir, faire réfléchir, avec un scénario intelligent et une réalisation originale. Tamasha se révèle être un beau spectacle qui vous est vivement recommandé et qui vous donnera envie de passer vos prochaines vacances sur l’Île de beauté !

Commentaires
5 commentaires
En réponse à vijay ouest - le 12/05/2016 à 15:44

En voyant la bande-annonce, j’avais trouvé que le passage en Corse faisait un peu trop carte postale et que c’était surjoué. Mais quand on voit le film en entier, on réalise que ce passage qui se situe au début ne dure pas si longtemps, il a sa place dans le récit puisque sa fonction est de rendre possible l’histoire. Bref, les exagérations du début du film me semblent justifiées. J’ai trouvé la suite du film intéressante, une tentative de concilier simplicité et exigence. Dans l’ensemble, un bon film.

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Olivier le 13/04/2018 à 09:54

Un film au dessus de tout. Passé la première partie en corse un peu légère, le film embraye sur quelque chose d’énorme, avec un duo d’acteurs magistral. Il n’y a que le cinema indien pour pondre un récit de cette façon.

savoy1 le 19/08/2016 à 13:23

Le Cinéma, ses images … La Musique, ses notes … Le pouvoir du Récit, ici convoqué, invoqué. Celui de rendre belle notre existence, l’espace de quelques instants qu’on voudrait éternels. A l’abri, lové(e) dans son fauteuil de cinéma.

Fil le 10/05/2016 à 08:08

Ce film m’a déçu. Je trouvais la partie en Corse tellement surjouée que ça en devenait fatigant. Ranbir jouait une caricature de Ranbir.

vijay ouest le 12/05/2016 à 15:44

En voyant la bande-annonce, j’avais trouvé que le passage en Corse faisait un peu trop carte postale et que c’était surjoué. Mais quand on voit le film en entier, on réalise que ce passage qui se situe au début ne dure pas si longtemps, il a sa place dans le récit puisque sa fonction est de rendre possible l’histoire. Bref, les exagérations du début du film me semblent justifiées. J’ai trouvé la suite du film intéressante, une tentative de concilier simplicité et exigence. Dans l’ensemble, un bon film.

Maya le 28/04/2016 à 22:37

J’ai préféré Jawaani Hai Deewani, que j’ai trouvé plus surprenant… Je crois que les scènes corses m’ont ’refroidie’, la Corse est montrée de façon tellement éloignée de la réalité, caricaturale, avec une mise en avant du personnage de Ranbir tellement injuste pour Deepika, que j’ai eu du mal à voir ce qui est décrit dans l’article, une deuxième partie plus sensible et crédible, où les deux personnages sont plus équilibrés. Donc si vous n’avez pas encore vu le film : ne vous arrêtez pas à la Corse ! La suite vaut la peine d’être vue ! j’ai particulièrement aimé les scènes où Ved-Ranbir ’pète les plomb’ au travail, c’est du grand art !!!