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Tum Milo Toh Sahi

Traduction : Rencontrons-nous d'abord

Année2010
LangueHindi
GenreComédie
RéalisateurKabir Sadanand
Dir. PhotoPushan Kripalani
ScénaristesRajen Makhijani, Sameer Siddiqui
ActeursNana Patekar, Dimple Kapadia, Suniel Shetty, Mohnish Behl, Vidya Malvade, Rehan Khan, Anjana Sukhani, Shefali Shetty, Tanisha Mukherjee
Dir. MusicalSandesh Shandilya
ParolierIrshad Kamil
ChanteursSunidhi Chauhan, Sukhwinder Singh, Shaan, Dominique Cerejo, Kunal Ganjawala, Raghav Sachar
ChorégraphesLongines Fernandes, Harshal-Vitthal, Dannys-Savio-Kunjan
ProducteurNikhil Panchamiya
Durée138 mn

Bande originale

Tum Milo To Sahi
O Janemann
Bekhauf Mohabbat
Chal Haath Mila
Loot
I Am Bad

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Madhurifan - le 20 janvier 2011

Note :
(8/10)

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Si Tum Milo Toh Sahi était sorti il y a 5 ou 10 ans, il serait peut-être passé inaperçu au milieu de la production de qualité de cette période. Mais les temps ont changé, et aujourd’hui c’est un film qui sort de l’ordinaire et qui mérite par conséquent qu’on y regarde de plus près.

Lucky Café, Mumbai.
Dilshad (Dimple Kapadia) a hérité de ce café à la mort de son mari, trente ans plus tôt. Comme il est idéalement situé, elle en a fait un lieu où les étudiants voisins viennent boire un coup ou s’alimenter pour pas cher et pour chercher des livres. Il y règne une ambiance joyeuse de campus. Dilshad a une fille et un petit-fils qui vivent en Australie. Mais elle est surtout très proche d’Anita (Vidya Malvade), mariée à Amit (Suniel Shetty), directeur dans une grande société. Tout ce petit monde vit en bonne entente jusqu’au jour où la société qui emploie Amit décide de racheter le Lucky Café ; pensant que sa tâche sera simplifiée par ses rapports avec Dilshad, Amit se propose de mener les négociations. Mais il ne s’est pas rendu compte de l’attachement sentimental de Dilshad à son commerce et elle refuse tout net de vendre. La situation dégénère. Heureusement, Dilshad croise la route de Subbu (Nana Patekar), discret employé tamoul d’un cabinet d’avocats. Il est lui-même avocat mais n’a jamais plaidé et vient d’être mis à la retraite d’office après trente ans de bons et loyaux services.

Sur ces entrefaites débarque de sa province un grand benêt du nom de Bikramjeet (Rehan Khan). Il ne connaît personne mais, dès la descente du train, il tombe sous le charme de la belle et sémillante Shalini (Anjana Sukhani), une habituée du Lucky Café.

Face à la menace, tous les habitués du café, les anciens comme les nouveaux, vont se mobiliser pour affronter cet ennemi puissant, riche et sans pitié.

Dans un paysage cinématographique hindi particulièrement monotone et sans imagination, voila un film qui vient comme un courant d’air frais pour nous revigorer et nous sortir de la torpeur de 2010. Ce film, qui ne mise pas tout sur la musique (ce serait même plutôt son point faible) à la différence de la production industrielle de l’année, sort du lot à la fois par son scénario, ses acteurs et sa réalisation.

La réalisation ne paie pas de mine, mais en regardant de plus près on sent un effort pour sortir des sentiers battus. En utilisant des transitions, un rythme en partie inspirés de la télévision, le réalisateur crée un climat assez particulier, entre pièce de théâtre et série télé style "Plus belle la vie". Mais il fait cela avec la finesse nécessaire pour qu’on garde l’impression d’être au cinéma et non pas dans un soap. Bien joué de la part de Kabir Sadanand dont c’est seulement la deuxième réalisation.

La bonne idée de base, c’est de faire entrer le spectateur dans l’histoire en accompagnant Bikramjeet, complètement naïf, dans sa découverte du microcosme du Lucky Café. A ses côtés, le spectateur se case au chaud dans l’univers de ces personnages et du film comme s’il y était.

Mais la vraie force de ce film, c’est la fusion entre les acteurs et leurs rôles. Si un bon casting semble assez simple à constituer avec les acteurs actuels, il n’est pas si fréquent ces temps-ci que les scénaristes s’intéressent vraiment au caractère des personnages.

Sadanand a concocté un cocktail de personnages réalistes. Avec une apparence, une posture dans la vie, mais en même temps en proie à des doutes, confrontés à des situations qui les mettent mal à l’aise ou les dépassent. C’est plutôt joliment observé et on est loin de ces personnages dont on a taillé le caractère à la serpe juste pour la durée du film et dont on ne ressent rien, ni du passé, ni de l’avenir. Les personnages principaux de Sadanand donnent l’impression qu’on les connaît depuis longtemps. Nous avons réellement l’impression de voir de "vraies gens", pas des héros de film.

Et cela est possible par la grâce d’acteurs excellents. En tête Nana Patekar. Quel bonhomme ! Le voici en psychorigide intégral, à la limite de la paranoïa. Un rôle comme ça, c’est une véritable planche savonnée sur laquelle le risque de dérapage ou de cabotinage est permanent. Eh bien non, il est toujours crédible, même lorsqu’il serpente à la frontière de la caricature. Il réussit à passer avec aisance de la bougonnerie à la bonne humeur naïve. Et on suit avec plaisir sa transformation. Une fois de plus un très grand numéro.

Il est aidé dans sa tâche par Dimple Kapadia, sensible et émouvante, parfaitement dans le ton de l’histoire. Une bonne idée d’avoir choisi ces deux-là. Ils forment un couple attachant et au caractère affirmé. Une belle occasion de voir comment deux bons acteurs réussissent à faire passer des choses, à établir un dialogue muet à travers leurs expressions, leurs silences, leurs attendrissements, leur pudeur.

Génération suivante, Amit et Anita. Quel bonheur de voir Suniel Shetty, spécialiste des films d’action, dans une comédie de qualité. Il fait oublier ses rôles dans des pantalonades comme Phir Hera Pheri et montre un beau potentiel dramatique. Bien entendu, avec son gabarit de catcheur, il lui est difficile de jouer sur le physique pour montrer la fragilité et l’amour. Il s’en sort pourtant avec les honneurs. En tout cas ce serait une bonne idée s’il développait ce registre.

Vidya Malvade, pour ceux qui ne s’en souviennent pas, c’était Vidya Sharma, capitaine de l’équipe de hockey de Chak De ! India. Dans Tum Milo Toh Sahi, plus rien à voir avec la hockeyeuse en tenue de sport. Après un petit détour par un Kidnap qu’on s’empressera d’oublier, la voici de retour en sari et en épouse d’homme d’affaires, amoureuse et malheureuse, elle aussi parfaitement crédible. Mais que de tristesse sur ce joli visage ! Elle donne toujours l’impression de se forcer à sourire. Comme pour le précédent, le couple est bien décrit, bien équilibré et attachant.

Dans la catégorie jeunesse, voici Rehan Khan et Anjana Sukhani (la tentatrice qui faisait tourner la tête d’Anil Kapoor dans Salaam-e-Ishq). Même si l’interprétation n’est pas du niveau de celle de leurs aînés, surtout pour Rehan Khan (qui est en réalité un chanteur, découvert dans une émission de télé style "Nouvelle Star"), ils sont presque émouvants avec leur côté "pas fini". Ce sont eux pour une bonne part qui insufflent la joie de vivre dans le film.

Le tableau est complété par les deux petits enfants, génération suivante, parés pour prendre la relève. Mais ils ne sont qu’un clin d’œil car il y a déjà fort à faire avec les trois autres couples.

Kabir Sadanand dit avoir voulu faire un film sur l’amour à différents âges.
En regardant la construction de ces couples, leur façon de fonctionner et d’interagir avec les autres couples, il semble avoir atteint son objectif. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le film se laisse voir avec autant de plaisir. Chacun peut y retrouver un peu de soi. Et en se trouvant soi-même, on s’intéresse plus facilement aux autres. Les deux heures passent ainsi sans qu’on s’en rende compte, et sans même tricher en meublant avec des clips car il n’y en a quasiment pas. C’est le pur mélange du scénario et de l’interprétation qui soutient l’attention.

Ce qui distingue également ce film des autres, c’est qu’on y montre des transformations, plus que des péripéties. Dans la production habituelle, la question qu’on se pose au sujet du héros c’est : que va-t-il lui arriver ? Dans Tum Milo Toh Sahi, les épreuves transforment les personnages en des êtres différents, chacun à sa façon. La question devient donc : que va-t-il devenir ? Autre choix intéressant de Sadanand, seuls les héros masculins se transforment. Les filles souffrent mais ne changent pas. Est-ce parce qu’elles représentent l’amour pur, intangible par principe ?

Tum Milo Toh Sahi n’est quand même pas exempt de défauts. Certains liens entre les personnages semblent un peu artificiels. Par exemple, Mohnish Behl, précisément celui qui a mis d’office à la retraite Nana Patekar, se retrouve avocat de la société qui veut racheter le Lucky Café. Un peu tiré par les cheveux, tout comme la fin que je vous laisse découvrir. Mais ce sont un peu les règles de Bollywood.
Les changements d’attitude des personnages sont également parfois brusques. Le montage a probablement fait sauter des scènes-clés pour la compréhension des personnages. C’est bien dommage mais c’est un défaut que l’on trouve assez souvent dans ce genre d’histoires à étages ou dans les films à sketches. Si Tum Milo Toh Sahi avait adopté un format plus long, il aurait pu conserver ces scènes transitoires qui manquent. Mais il a probablement fallu se plier à la "norme multiplexes" qui oblige souvent à raccourcir.
Il ne se dégage pas non plus de grande émotion romantique du film, et ce ne sont pas les larmes de Dimple Kapadia, même filmées en plan serré, qui réussissent à en créer. Malgré tout, l’histoire navigue sans temps mort d’un couple à l’autre, de la tendresse à l’animosité, et permet de s’en passer sans peine.

On peut donc facilement trouver des défauts à Tum Milo Toh Sahi, mais c’est sans importance car ce sont finalement ses qualités qui restent en mémoire une fois les lumières rallumées. En dehors des numéros d’acteurs, c’est un film qui présente une jolie réflexion sur les relations humaines et leur évolution.

A noter au passage la déclinaison d’affiches sur le thème "une rencontre d’âmes, une rencontre d’esprits, une rencontre de cœurs", dont la sémiologie est assez recherchée.

Kabir Sadanand dit avoir deux projets, dont un thriller dans le monde du hockey. Reste à voir si la suite confirmera ce bon début.

En attendant, ne ratez pas ce film et profitez du grand Nana.


Note : 8 - Le film mérite d’être vu.


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