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La statue de cire de Shah Rukh Khan : un projet artistique

Publié samedi 26 avril 2008
Dernière modification dimanche 27 avril 2008
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Par Amanpreet

Dossier Shah Rukh Khan au musée Grévin
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Interview de Pascale Saint Rémy Péllissier, directrice artistique au musée Grévin.
Propos recueillis par Amanpreet.

Plus que 2 jours avant ce moment tant attendu par les fans : l’inauguration de la statue de Shah Rukh… Pour vous faire patienter, nous vous proposons une dernière interview, celle de Mme Pascale Saint Rémy Péllissier, la directrice artistique, une des personnes-piliers du projet !

[Fanta-i] : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle au sein du musée ?

[P.S.R.P.] : Je suis responsable artistique au sein du musée depuis 2002. Concernant mon parcours, j’ai suivi la même formation que deux de nos sculpteurs : l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués. J’ai eu mon propre atelier durant une quinzaine d’années où on travaillait des volumes, j’y dirigeais une équipe et des projets. Donc mon milieu est bien le volume. Aujourd’hui, en tant que responsable artistique, je suis responsable de tout ce qui se voit dans le musée.

[Fanta-i] : Ayant suivi la même formation que les sculpteurs, vous êtes donc sculptrice avant d’être directrice artistique ?

[P.S.R.P.] : Le titre exact est plasticienne volume, c’est plus large que simplement sculpteur. L’Ecole des Arts Appliqués est une école qui apprend à travailler sur des sujets plus appliqués que la sculpture. J’ai pratiqué mon métier de plasticienne volume pendant plus de 15 ans et je me suis rendue compte que petit à petit, en ayant de plus gros projets, je passais beaucoup de temps en conseil artistique auprès de mes clients. Ainsi, je souhaitais intégrer à une équipe comme celle du musée Grévin parce qu’en ayant ma propre entreprise, je travaillais plus comme entrepreneur justement que dans mon métier artistique, métier que je souhaitais absolument appliquer.

[Fanta-i] : Lors de la rencontre avec Shah Rukh Khan à Londres en juillet dernier, nous avons vu que c’était le sculpteur qui prenait les photos et les mesures durant le rendez vous. Quelle était votre rôle à vous ?

[P.S.R.P.] : Véronique Berecz vous a expliqué précédemment comment la personnalité était choisie. Elle s’occupe des rendez-vous, et une fois que la réunion est programmée, une documentaliste me prépare tout un tas de documents médiatiques sur la personnalité en question. J’étudie beaucoup ces documents et, en fonction de cela, je propose une mise en scène qui doit être cohérente par rapport à notre scénographie dans le musée.

[Fanta-i] : C’est vous qui vous occupez de la scène qui sera autour de la statue ?

[P.S.R.P.] : Oui, en plus de l’emplacement, l’attitude de la statue etc., je m’occupe également du décor qui ira avec le personnage.

[Fanta-i] : Combien de temps cela vous prend-il ?

[P.S.R.P.] : C’est difficile à évaluer. Il y a des personnalités sur lesquelles ce qui peut ressortir est tout de suite assez évident. Par exemple, pour Shah Rukh Khan, on a la virilité du personnage et il fallait qu’on retrouve ce côté-là dans son attitude. Il y a d’autres personnages qui sont beaucoup plus mouvants, et là ça devient plus difficile. C’est souvent le cas pour des personnalités comiques qui peuvent être très différentes dans leurs films et des images qu’ils peuvent avoir auprès du grand public. Ce qui est important, c’est d’avoir une image grand public, c’est ce que les gens vont reconnaître lorsqu’ils vont venir au musée. Si on leur fait une représentation qui correspond à quelque chose de plus intime de la personnalité, ce sera peut-être plus juste par rapport à la personnalité elle-même mais on n’est pas là pour dévoiler l’intimité des gens. Donc quand on rencontre la personnalité, je lui propose une mise en scène. Durant la séance photo il m’arrive de lui demander de rectifier les petits traits d’attitude qui font que la personnalité est vraiment elle-même, par exemple une position de main pour une personne assise, ou les mains dans les poches, etc. Le genre de petits détails qui ressentir que c’est vraiment LA personnalité.

[Fanta-i] : Donc vous êtes vraiment là pour "encadrer" la personnalité, lui indiquer les poses qu’elle doit prendre sur les photos ?

[P.S.R.P.] : Oui, complètement. Et après, globalement, je joue le rôle de chef d’orchestre : avant le rendez-vous, on écrit le déroulement pour les différentes interventions des personnes qui doivent intervenir au bon moment. Et puis finalement pendant le rendez-vous, quand il faut avancer plus vite ou vérifier que, par exemple, lorsqu’on moule les mains, c’est bien la bonne attitude, je suis là. Pendant les prises de vues, je suis un peu comme le troisième œil pour voir la globalité et, en même temps, voir le détail.

[Fanta-i] : Et même après le rendez-vous, vous gardez bien ce rôle de chef d’orchestre comme nous l’expliquaient M. Barret et Mme Prost dans leurs interviews.

[P.S.R.P.] : Oui, exactement.

[Fanta-i] : Toujours par rapport à la rencontre, comment avez-vous été reçus ? Connaissiez-vous Shah Rukh Khan avant la rencontre ?

[P.S.R.P.] : Comme, évidemment, j’avais étudié pas mal de documents, j’avais déjà une petite idée de la personnalité. Je crois qu’on a été tous surpris par la personnalité de Shah Rukh Khan, de manière très positive d’ailleurs. En fait, l’image médiatique que nous avions était celle d’un personnage peut-être un peu plus sévère, alors que c’est vraiment quelqu’un d’éminemment sympathique, de très agréable et très accueillant. Je l’ai vraiment trouvé très professionnel, on a discuté de la position de la statue ensemble et nous étions d’accord. Le rendez-vous a été très agréable. On sentait qu’il avait très bien compris, ce qui est une marque d’intelligence particulière, il a vraiment suivi le « truc », et ça « roulait » tout seul.

[Fanta-i] : Donc tout s’est vraiment très bien passé, ca doit être vraiment agréable de voir une rencontre se dérouler aussi bien.

[P.S.R.P.] : On s’est rendu compte que la qualité de la sculpture dépendait également de la qualité de ce rendez-vous, même par rapport au contact humain.

[Fanta-i] : C’est déjà arrivé que quelqu’un ne se montre pas très coopératif ?

[P.S.R.P.] : Cela arrive. En fait, la coopération dépend de la disponibilité de la personne. II y a des gens qui n’arrivent pas à rentrer dans le « truc ». Ce n’est pas une question de trait de caractère, c’est juste que dans leur tête, ils ne sont pas « dedans », c’est tout. Les personnalités ne se rendent pas toujours compte du travail qui est nécessaire à ce premier rendez-vous. Elles n’ont pas toujours le temps pour qu’on fasse tout le rendez-vous alors que c’est un moment très important. Shah Rukh Khan était bien au courant que l’on devait avoir suffisamment de temps pour tout faire puisqu’évidemment, le projet était plus difficile à cause de la distance. Quand on a un peu moins de temps et qu’on n’arrive pas à tout boucler, les personnalités ont souvent l’occasion de revenir, et quand elles voient que nous faisons un travail très professionnel qu’elles se rendent compte que la qualité de la statue sera différente. Du coup, elles reviennent pour une « confrontation » avec la terre et cette étape nous permet de reprendre certaines informations qu’on n’a pas pu très bien prendre auparavant.

[Fanta-i] : Connaissiez-vous le cinéma indien avant d’avoir toute cette documentation sur Shah Rukh Khan ?

[P.S.R.P.] : Je connaissais mais pas forcément de façon très actuelle, et puis je pense que comme dans tout cinéma, il y a beaucoup de variété. Je me souviens d’un film que j’avais regardé il y a un certain temps, mais là du coup avec Shah Rukh j’en ai vu toute une série.

[Fanta-i] : Avez-vous regardé uniquement des films avec Shah Rukh Khan ? Ou alors vous avez également regardé des émissions ou des interviews ?

[P.S.R.P.] : J’ai seulement regardé des films.

[Fanta-i] : Pourriez-vous nous citer des noms de films que vous avez vus récemment ?

[P.S.R.P.] : En fait on avait le coffret de La famille indienne. Cela dit, quand je regarde les films, moi, je les regarde d’un point de vue très différent d’un spectateur. J’ai également visionné Om Shanti Om. Je me souviens qu’il nous avait montré des extraits à la fin du rendez-vous, et à mon avis c’est une version qui fait un pont très intéressant entre le cinéma indien qui a ses particularités et le cinéma occidental qui a les siennes.

[Fanta-i] : Savez-vous comment va se dérouler l’inauguration ? Nous savons que ça va se dérouler le matin, qu’il arrivera à 9h. Vous serez bien sûr présente durant cet événement, y aura-t-il toutes les personnes de l’équipe ?

[P.S.R.P.] : Il n’y aura pas toutes les personnes de l’équipe. Généralement, pour les inaugurations, on a un représentant par atelier, et c’est souvent la personne qui aura le plus travaillé sur le personnage.

[Fanta-i] : Il y aura le sculpteur, la maquilleuse…

[P.S.R.P.] : Le sculpteur forcément, la maquilleuse, quelqu’un de l’équipe du moulage, quelqu’un de l’équipe du costume. Là, comme l’inauguration a lieu en journée, le reste de l’équipe sera là pour le reste du musée.

[Fanta-i] : Les visites seront ouvertes ?

[P.S.R.P.] : Pas pendant la matinée, mais l’après-midi oui, le musée sera ouvert.

[Fanta-i] : Combien de temps va durer l’inauguration ?

[P.S.R.P.] : Franchement, ça va être un peu la découverte parce qu’il y a tout un tas de paramètres qui ne sont pas tout à fait contrôlables. Donc ça dépend de l’heure à laquelle il arrivera, le temps qu’il mettra pour rentrer dans le musée, pour atteindre le théâtre. Nous, nous sommes en place sur la scène du théâtre. Après, il y a toutes les photos de la personnalité avec sa statue en cire. Généralement, on met le personnage en cire dans le musée, en place.

[Fanta-i] : Donc la statue est dans la position et à l’endroit où les visiteurs vont la découvrir ?

[P.S.R.P.] : Oui.

[Fanta-i] : Pour finir, quelle est votre statue préférée ?

[P.S.R.P.] : Je ne sais pas si j’ai une statue préférée parce que je les aime quasiment toutes, mais j’ai toujours une affection particulière pour la dernière. C’est vrai que là, pour Shah Rukh Khan, on a fait quelque chose d’un peu différent par rapport aux autres, on a été plus loin dans le décor par exemple, et du coup ça nous a créé un attachement un peu particulier.

Forcément, on a tendance à travailler plus souvent pour des personnalités occidentales, et dès qu’on travaille sur quelqu’un d’une autre culture, qui a un physique un peu plus différent, on est obligé de rentrer dans la personnalité d’une manière encore complètement différente, et de faire plus de recherches. La sculpture, c’est vraiment une compréhension du volume. C’est un travail où il faut faire de la recherche. On ne s’en rend pas toujours compte, mais la sculpture, en soi, c’est avant tout de la compréhension.


Merci à Mme Saint Rémy Péllissier de nous avoir accordé cette interview.

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