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Vers un Bollywood sans sexe

Publié mercredi 24 avril 2013
Dernière modification mardi 23 avril 2013
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Par Gandhi Tata

Rubrique News
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Il y a quelques temps déjà, les items numbers étaient dans le collimateur de la censure indienne pour véhiculer une image dégradante de la femme et polluer les jeunes esprits. Le résultat de cette polémique a eu pour effet de condamner les films contenant ces clips musicaux, aux images et aux paroles suggestives, d’infliger une certification A (film pour adultes) et d’interdire leur diffusion télévisuelle à des heures de grandes écoutes.


La censure n’a décidément aucun scrupule à enlever le pain de la bouche de Sunny Leone (Jism 2) qui débute à peine sa carrière Bollywoodienne. Et imaginez, un instant, un Dabangg sans Munni Badnaam ou un Agneepath sans Chikni Chameli, une terrible injustice, un peu comme un gol gappa sans l’eau de tamarin.


Plus sérieusement, depuis l’affaire du viol collectif de New Delhi, en décembre 2012, on assiste à une véritable recrudescence en matière de crimes sexuels. Récemment, le viol d’une fillette de 5 ans a provoqué la colère de l’opinion et donné lieu à une manifestation, où la population a pu crier son indignation devant le commissariat de la ville de New Delhi et le centre hospitalier qui accueille la jeune victime.


Comme d’habitude, la société comme le gouvernement indien, incapables de voir les vrais problèmes, ont ciblé le coupable idéal : l’industrie du cinéma (classique comme pornographique). Une pétition a été déposée à la cour suprême pour inciter les autorités à produire une loi rendant illégale la consultation d’un matériau pornographique ou à caractère sexuel. Rappelons qu’il existe déjà une loi contre la distribution de ce type de contenu, mais comme une grande partie des textes juridiques indiens, cette dernière n’est rarement (voire jamais) appliquée.


En d’autres circonstances, cette pétition aurait eu peu de chance d’aboutir, mais dans l’état actuel des choses, où les viols se succèdent et secouent l’opinion indienne, une loi aussi radicale peut voir le jour. Si tel était le cas, l’industrie du porno ne serait pas la seule à être visée, et Bollywood aurait de sérieux soucis à se faire, puisque, depuis un certain nombre d’années, des cinéastes bollywoodiens, comme les frères Bhatt, se sont employés à développer les thrillers érotiques, comme Jism (1&2) ou Murder (1&2), qui connurent un grand succès public.


La société indienne devra comprendre un jour que le cinéma ou internet ne sont que des révélateurs et non la cause des agressions sexuelles. L’hypocrisie, les tabous sexuels et la ségrégation hommes-femmes font partie des quelques éléments de réponses possibles, pour expliquer la frustration et le mal être sexuel qui conduisent à ces violences.

Selon une étude américaine d’Anthony D’Amato et Glenn Reynolds, le pourcentage de viol a fortement baissé, en l’espace de 25 ans, alors que paradoxalement, et au même moment, le porno s’est démocratisé par le développement d’internet. Selon l’auteur David Loftus, l’influence de la pornographie ou d’un matériau à caractère sexuel sur le comportement humain dépend de l’individu et non du contenu.


Enfin, ce genre de loi ou d’action n’a pas eu d’effets notables par le passé, car, en 2009, de nombreux fournisseurs d’accès internet ont été sommés de bloquer le site web de Savita Bhabhi, une héroïne de bande dessinée nymphomane. Pourtant, malgré l’interdiction, les pages numérisées de cette BD étaient toujours disponible sur les forums et les crimes sexuels n’avaient pas connu, alors, cette explosion inquiétante.


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