]]>

Vettaiyaadu Villaiyaadu

Traduction : Chasser et jouer

Année2006
LangueTamoul
GenreThriller
RéalisateurGautham Menon
Dir. PhotoRavi Varman
ScénaristeGautham Menon
ActeursKamal Hassan, Prakash Raj, Jyothika, Kamalini Mukherji, Mumaith Khan
Dir. MusicalHarris Jeyaraj
ParolierThamarai
ChanteursSrinivas, Mahalakshmi Iyer, Devan Ekambaram, Sowmya Raoh, Hariharan, Tippu, Krish, Solar Sai, Unni Menon, Nakul, Franko
ChorégrapheBrinda
ProducteurManickam Narayanan
Durée175 mn

Bande originale

Karka Karka
Partha Mudhal
Manjal Veyil
Neruppe
Uyirile

En savoir plus

Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Gandhi Tata, Jawadsoprano
Publié le 6 juillet 2009

Note :
(7.5/10)

Article lu 1377 fois

Galerie

Après Kakkaa Kakkaa, Gautham Menon revient avec un thriller violent, sans concession mais là encore insuffle une sensibilité dans les relations.

Le film démarre d’une façon assez incroyable avec une présentation du héros, Raghavan, à travers un règlement de comptes et une chanson survoltée pendant laquelle défilent les scènes de quotidien de sa vie de flic. C’est un enchaînement de fusillades, cascades, interpellations musclées ou meurtres de sang-froid sur fond de hip-hop électro. On est donc directement dans l’esprit du film, à la fois noir, brut et ultra-violent.

La première partie s’articule autour de l’enquête autour de l’assassinat de Rani, ainsi que de celui de ses parents. Le rythme est élevé, les scènes s’enchaînent et on est tenu en haleine même si un peu avant l’intermission, le rythme est ralenti par les multiples investigations où la présentation des tueurs arrive. Celle-ci est amenée de façon brute, un peu maladroite puisqu’elle ne laisse que peu d’impact à la vue de leur lourd passif. Une scène plus recherchée aurait pu donner plus de crédibilité à ces méchants. Le début de la deuxième partie manque un peu de rythme et c’est à partir du face-à-face entre Raghavan et les deux tortionnaires que le film re-décolle avec la chasse organisée par la police. La dernière partie du film est vraiment pleine de suspense et ne laisse pas une minute de repos.

JC= Je suis absolument d’accord avec Jawad sur le fait que le film est composé de deux parties bien distinctes, mais il y a comme une impression de confusion à l’entracte, ceci s’explique sûrement par les contraintes et les difficultés rencontrées par Gautham durant le tournage aux Etats-Unis, notamment dues aux problèmes financiers. Mis à part la structure du scénario, j’ai un avis différent sur le reste qui est bien résumé par le titre vettaiyadu (chasser) pour une première partie que j’ai trouvé excellente, bien écrite avec le rythme requis. Le seul petit bémol, c’est que j’avais l’impression de voir un épisode des Experts, Kamal traque chaque indice et part à sa manière à la chasse aux tueurs de manière intelligente, Gautham s’est attardé sur le travail d’investigation d’un policier. Pour les mauvais points : on a le sentiment que Raghavan est doté de pouvoirs surnaturels pour repérer les cadavres et le lieu des crimes, on essaye de nous faire avaler la pilule en évoquant le flair du policier, le fameux Raghavan effect… D’accord, mais Raghavan est loin d’être Columbo et ça paraît par moments, un peu trop capillotracté. On sent que le scénario a été retapé pour accommoder les producteurs, car la seconde partie est amenée de manière brutale voire brouillonne, quand on connaît le talent du réalisateur, ça surprend mais il est indéniable que l’entrée en piste des tueurs est un peu maladroite, et même ridicule. Vilaiyadu (jouer) est un en-tête qui correspond bien à cette seconde partie qui part dans tous les sens, c’est totalement décousu et ce face-à-face orchestré à la manière d’un jeu de course-poursuite est décevant, car il y a trop de ficelles, trop d’incohérences, c’est limite si Gautham ne servait pas les tueurs à Raghavan sur un plateau d’argent… On sent le spectre de Kakkaa Kakkaa planer sur cette seconde partie, mais la comparaison s’arrête, même si techniquement VV est au-dessus, il y a cette adrénaline et cette fureur qui font défaut.

Le principal défaut du film vient des deux personnages négatifs, à savoir les tueurs en série responsables de multiples crimes. Si leur folie est bien rendue, les incohérences dont ils font preuve dans la deuxième partie contrastent trop avec leur machiavélisme et leur souci du détail (par exemple la scène où Raghavan s’échappe de l’appartement).

JC= Exactement ! mais en même temps quand on planque aussi mal les corps, pour que Raghavan les retrouve, leur négligence qui donne une seconde chance au policier n’étonne pas, durant la projection, un fan m’a expliqué que les tueurs lui ont volontairement laissé cette marge de manœuvre pour prolonger le jeu, c’est un peu tiré par les cheveux, surtout que les scènes suivantes ne corroborent pas cette hypothèse, ils ne sont pas si méticuleux que ça et ça gâche. Et justement, c’est le manque d’un méchant à la hauteur de Kamal qui est l’énorme carence de VV. On est loin du Pandia de Kaakha Kaakha, ici les tueurs sont jeunes et inexpérimentés, leurs actes ne sont motivés que par la soif de violence. Je pense que le schéma opté par Gautham pour la première partie était prometteur, car construit comme un puzzle, chaque pièce s’ajoute au fur et à mesure et on s’attend réellement à trouver un criminel de la trempe d’un John Doe de Seven, mais la chute est lourde pour le spectateur, littéralement lésé.

L’histoire entre Raghavan et Aradhana est toute en retenue. Leur rencontre très originale fait place à une relation de confidents qui ont chacun vécu des parcours chaotiques et qui se reconnaissent dans leurs histoires respectives. Cela donne du réalisme et permet d’amener du relief à l’histoire très noire et morbide qui a lieu aux Etats-Unis.

JC= L’intrigue amoureuse a un double effet sur le film, d’un côté, c’est un épisode nécessaire pour cerner le personnage de Raghavan et découvrir l’homme qui se cache derrière l’uniforme, et voir cette facette du personnage apporte beaucoup à la dimension dramatique des scènes finales et permet au spectateur de s’attacher aux protagonistes. D’autre part, la situation présentée par Gautham est inédite pour le cinéma Kollywood et plus largement pour toute une société tamoule coincée sur le thème de la condition féminine. Aradhana est une femme malmenée sur le point de quitter son mari et l’arrivée de Raghavan sonne comme une transition dans sa vie, et elle l’accepte très mal… Pourquoi ? me direz-vous, tout simplement parce qu’encore au 21ème siècle, une femme indienne déçue par son conjoint qui fait tout pour préserver son couple est mieux vue qu’une « traînée » qui tente de s’extraire d’une situation invivable avec un mari tortionnaire, ça vous choque ? C’est le quotidien d’une majorité de femmes lettrées ou illettrées. Dans ce contexte social arriéré, cet exemple représente une amorce de la conscience générale pour penser autrement et Gautham présente les faits dégradants et la déception subie par Aradhana. "Décence" est le maître mot de cette relation tissée sur fond d’amitié et amenée vers un sentiment mature basé sur la compréhension et l’affection, très beau ! En revanche, bien qu’étant essentielle pour trancher avec le climat glauque de l’ensemble, cette histoire d’amour est à l’image d’une greffe qui ne prend pas au corps d’un scénario faisant la part belle à l’enquête et à la traque des tueurs, Gautham aurait pu revoir son script car ce qui aurait dû être intégration finit par rimer par désintégration de l’ensemble, car il y a déséquilibre évident au final.

La plupart des multiples flash-backs est bien amenée, notamment celui de la vie de Raghavan en compagnie de son épouse. Ce moment est court mais intense et renforce les émotions qui émanent du destin tragique de Kalya. Néanmoins les retours en arrière lors des explications du tueur sont une succession de scènes qui auraient mérité un meilleur traitement. Il y en a tellement que leur impact est dilué et ne suscite guère d’émotion, ni de la compassion avec les victimes, ni de la haine pour les bourreaux.

JC= Le problème essentiel c’est la personnification des tueurs, la façon dont est abordé le scénario en première partie tranche totalement avec le traitement de la seconde. Ce qui devait être un jeu de pistes intelligent vire à la course-poursuite effrénée où quasiment tout est sacrifié à l’exception de la vie privée de Raghavan. De ce fait, les tueurs sont caricaturés, pas le temps de bâtir un profil psychologique ou de travailler la partie cérébrale de ce thriller. Gautham nous balance une succession d’images-chocs sur fond de musique électronique : violence stylisée pour coller au public jeune ? En tout cas, ces tueurs ne font pas peur et ne laissent aucun impact dans nos mémoires.

Les chansons de Harris Jeyaraj sont évidemment un plus non négligeable pour le film puisqu’il réalise un sans-faute. Il a composé trois titres dynamiques dont l’introduction, mais aussi celui se déroulant à New York. Néanmoins on peut vraiment s’interroger sur la nécessité de mettre un clip au bord de la plage avec des « bimbos » (dont Mumaith Khan) en train de danser avec un inconnu. Cela n’apporte rien à l’histoire mise à part une plus-value commerciale pour vendre, ce dont on se fout complètement quand on regarde un film.

JC= L’item (passage musical dissocié de l’histoire) de la plage qui n’a aucune valeur dans la narration, arrive comme un cheveu sur la soupe. C’est censé être une pause musicale en pleine tension, mais ça alourdit plus qu’autre chose. Après, il reste la musique rythmée d’Harris et les déhanchés sexy de nos deux spécialistes d’items ; par le passé, Goutham avait fait de même pour Kakkaa Kakkaa avec le titre Thoodu vaaruma, mais au moins la qualité de la seconde partie nous le faisait oublier, ce qui est nullement le cas pour Vettaiyaadu Villaiyaadu.

Les deux chansons romantiques sont superbes et leur rendu à l’écran est d’une beauté visuelle magnifique.

JC= Rien à dire pour la musique et les paroles qui d’une part reflètent l’intimité et la tendresse qui règnent entre Raghavan et sa femme défunte, et d’autre part, l’amour interdit et l’espoir d’un nouveau départ dans la vie. La beauté de la composition rejoint celle des paroles et j’étais un peu déçu par le traitement visuel du premier et notamment une scène de moto où Kamalini s’agrippe tendrement à Kamal sur fond d’une animation en images de synthèse censées imiter la réalité. Jawad m’a expliqué par la suite la vision poétique de cette séquence où le couple est transporté par son bonheur et vit un moment intense. En revoyant ce passage, ça colle parfaitement aux paroles et ça explique en partie la forte impression laissée par Kamalini malgré la brièveté de son apparition. Enfin, je tenais à ajouter que les thèmes musicaux sont beaucoup moins puissants par rapport à Kakkaa Kakkaa, et plus particulièrement dans les scènes d’action, Harris Jeyaraj a produit une BO de qualité mais il manque un petit quelque chose pour frissonner, ressentir les peurs de ce policier.

Au niveau technique, le film rivalise avec n’importe quelle production internationale, que ce soit au niveau du montage, des jeux de caméras ou des effets visuels.

Les acteurs partagent une part importante dans la réussite du film.

Kamaal Hassan est extraordinaire. Il est parfait pour le rôle. C’est Raghavan, qu’il soit puissant et impitoyable avec les malfrats, ou sensible et écorché lors de ses rencontres avec Aradhana. Aucun autre acteur n’aurait pu avoir le charisme et la "bouteille" nécessaires pour jouer ce flic âgé doté d’un caractère en acier trempé et d’une émotivité contenue.

Jyothika est superbe et sa prestation, toute en retenue, est mémorable. Elle laisse transparaître ses émotions à travers son regard et sa manière de parler, sans en faire trop. Ses scènes en compagnie de Kamaal sont vraiment très touchantes et son évolution au cours du film est réalisée avec brio.

Kamalini Mukherjee laisse une impression énorme malgré un temps de passage à l’écran très limité. Ses regards, son sourire, et sa présence sont inoubliables après la fin du film. Il faut espérer qu’après sa carrière dans le cinéma telugu bien commencée, elle enchaîne de la même façon dans l’industrie tamoule.

Prakash Raj a lui aussi un rôle limité mais comme à chaque fois, sa prestation est marquante. Son rôle de père à la fois découragé et désireux de connaître la vérité est touchant et la scène où il retrouve sa fille un sommet.

Les deux tueurs sont quant à eux moins convaincants. Le premier est plus effacé et respecte plutôt son rôle de « dominé » qui ne fait pas grand-chose à part suivre les ordres de l’autre.

Le leader est lui aussi peu crédible et il en fait beaucoup trop dans ses interventions avec Raghavan. S’il se révèle parfois redoutable, c’est par la folie de ses actes, pas par son jeu.

Vettaiyaadu Villaiyaadu est un polar sombre et violent, complètement dans la lignée de Kakkaa Kakkaa, avec un niveau de production haut de gamme, des performances superbes dans l’ensemble, et un scénario solide. La réalisation est d’une efficacité redoutable, le film constitue une référence et ce malgré quelques bémols.

Commentaires
1 commentaire