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Vivah

Traduction : Mariage

Bande originale

Mujhe Haq Hai
Do Anjaane Ajnabi
Hamari Shaadi Mein
O Jiji
Tere Dware Pe Aai Baraat
Savaiyaa - Raadhey Krishn Ki Jyoti
Kal Jisne Janam Yahan Paaya
Savaiyaa- Chhota Sa Saajan
Milan Abhi Aadha Adhura

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La critique de Fantastikindia

Par Lalita - le 8 décembre 2007

Note :
(4/10)

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Vivah est un conte datant de 2006 mais bloqué dans un espace-temps esthétique idyllique - l’Inde des années 50 - entre traditions sous formol et optimisme invraisemblable.

Poonam (Amrita Rao), une jeune orpheline, vit chez son oncle (Alok Nath). Parfaite fille "traditionnelle" (gentille, obéissante, intelligente… et claire de peau n’est-ce pas), elle subit constamment les foudres de sa tante jalouse parce que sa cousine est tout son contraire (guillerette, bavarde… et moins claire de peau bien entendu). Un jour l’oncle décide de chercher pour Poonam le prétendant idéal. Il le trouve en la personne de Prem (Shahid Kapoor), un garçon tout aussi gentil qui avoue avoir aimé une fille à l’université (ô scandale), et avoir fumé (ô scandale). Gentille fille et gentil garçon se tournent autour pendant près d’une heure et demi, jusqu’à ce qu’il se passe enfin quelque chose…

Que dire, si ce n’est qu’on espérait de Sooraj R. Barjatya (déjà réalisateur de Maine Pyar Kiya, son premier film, et Hum Saath-Saath Hain : We Stand United), peut-être pas la révolution, mais du moins une certaine évolution. Passé expert dans la réalisation de "vidéo de mariage maison" sur grand écran (sans l’oncle bourré, ce qui est tout de même moins drôle), il a eu le courage malgré les difficultés financières de sa société de production, de sortir un film aux antipodes des nouvelles tendances du cinéma bollywoodien. La conviction qui transparaît dans son œuvre force le respect puisque jamais il ne se moque de lui-même ou ne dévie de sa ligne de conduite. A tel point qu’il est difficile de critiquer son film sur ses valeurs intrinsèques. Vivah est un "film de genre" qui respecte certains codes et dans les limites de ce concept, Sooraj R. Barjatya arrive à en faire une œuvre moins ridicule que ce qu’on croit. Il est en plus aidé par un casting rafraichissant et charmant qui a su retranscrire ses aspirations.

Mais encore faut-il aimer le genre ! La plupart des films de Sooraj R. Barjatya se construisent de la même façon. Soap opéra sirupeux à déconseiller aux diabétiques, Vivah est un concentré de bons sentiments durant les trois premiers quarts du film. C’est l’occasion de voir la vie d’une famille indienne de la classe moyenne. En effet, les personnages sont tous les stéréotypes de la fille idéale, du père idéal (aimant et protecteur), du gendre idéal (beau et riche), de la belle-mère ou de la tante (qui accueille rarement de bon cœur une fille qui n’est pas la sienne dans sa maison). Pour certains c’est jouissif. Pour d’autres (pas forcément cyniques maniaco-dépressifs), juste fatigant.

L’autre problème du film est le manque de recul du réalisateur par rapport aux valeurs qu’il défend. Il le prouve tout d’abord à travers l’esthétique du film. On devine difficilement que l’histoire se déroule en 2006, sauf quand Shahid Kapoor apparaît à l’écran en jean et t-shirt à la mode. Le détail le plus marquant est sans doute le téléphone chez Poonam, une énorme antiquité qui achève le spectateur le plus sceptique. Sans oublier la musique désuète… où se trouve-t-on ? 20 ans d’écart séparent Main Pyar Kiya de Vivah et pourtant l’Inde ne semble pas avoir changé. La mise en scène est surannée à l’extrême, la couleur dominante est un jaune de papiers vieillis. Les lents travellings au son de violons rappellent les plus beaux plans des films des années 50.

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bon ok, là je cherche la petite bête… mais c’est très laid comme téléphone !

Ah… mais attention ! Poonam a un ordinateur… et elle est étudiante ! D’ailleurs lors de leur première rencontre, lorsque Prem lui demande le titre de son livre préféré, elles citent quelques œuvres comme Parineeta. Mais alors qu’il se dit qu’elle ne les a lus qu’en hindi, elle, rajoute que les versions anglaises ne sont pas mal non plus histoire de montrer qu’elle est une jeune fille éduquée.

C’est le seul moment où Poonam fait preuve "d’audace". Le reste du temps, qu’on lui dise des mots doux ou qu’on lui demande un verre d’eau, elle baisse les yeux comme une vierge effarouchée. Eternelle mineure qui passe de la maison de son père à celle de son époux, son personnage ne connaît aucune évolution, contrairement à celui de Prem. Elle, ne semble plus avoir de projets d’avenir, alors que lui gravit les échelons dans l’entreprise familiale. Au début, jeune homme peu sûr de lui, Prem devient peu à peu un homme pour atteindre, face à l’adversité, le statut de héros.

Cette situation rappelle une tirade de Jaya Bachchan dans La Famille Indienne : son personnage explique que son mari a été pour elle un dieu, avant que sa déception ne lui prouve qu’il ne fut en fait qu’un "simple mari". Cette déification de la figure masculine au détriment de la femme peut en déranger plus d’un. Elle se concrétise dans Vivah à la fin du film en une image symbolique durant la nuit de noces où, au moment de se mettre au lit, le visage (la personnalité ?) de Poonam s’efface derrière le corps de Prem au dessus d’elle.

Ceci dit, cet avis correspond à ce que peut ressentir le public occidental. En Inde, Vivah est un blockbuster ! Certes le film marche mieux dans les petites villes ou à la campagne que dans les multiplexes. Mais le public qui l’a apprécié est très divers socialement. Il a su charmer une audience qui, quelque soit son milieu, veut penser que ce n’est pas si mal de croire encore en ses traditions.

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