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E

Traduction : Mouche

Année2006
LangueTamoul
GenresFilm fantastique, Film d’action, Masala
RéalisateurS. P. Jananathan
Dir. PhotoN. K. Ekambaram
ScénaristeS. P. Jananathan
ActeursNayantara, Jiiva, Pasupathy, Karunas
Dir. MusicalVidyasagar, Deva
ParoliersViveka, Na. Muthukumar, Ponnadiyan, Parinaman, Snekan, Pulianthopu Palani
ChanteursSukhwinder Singh, Vaishali Samant, Ranjith, Sowmya Raoh, Hariharan, Tippu, K. J. Yesudas, Kalpana, Sangeetha, Puliyanthoppu Pazhani
ChorégrapheNobel
ProducteurR. B. Choudary
Durée158 mn

Bande originale

Thee Pori Parakkum
Kala Kala Kalai
Vaa Vaa Centralu
Kaadhal Enbadhu
Thirundhi Vidu
Chennai Mahanagaram
Vaaraathu Pol
Yezhu Kurukku
Ore Murai Thappu
Muthuna Munjikku

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La critique de Fantastikindia

Par Jawadsoprano - le 29 décembre 2008

Note :
(7.5/10)

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E est un film surprenant, au sujet peut-être jamais évoqué auparavant dans le cinéma indien. Sorti pour Deepavali 2006, le film, produit par "SuperGood Films", autrement dit R. B. Choudary (le père de l’acteur principal Jeeva), a eu besoin d’une deuxième salve de promotion agressive pour se faire connaître. Mais les spectateurs ont été sensibles à ce sujet novateur puisque le film fut l’un des hits-surprises de l’année, aux côtés des Chittirem Pesuthadi et autre Parijatham.

E (Jeeva) est un orphelin élevé à la dure dans les bidonvilles de Chennai par une vieille femme qui l’a recueilli. Son unique but est de gagner de l’argent, et cela à tout prix et par tous les moyens possibles. Il va sauver la vie d’un scientifique, le docteur Ramakrishnan (Ashish Vidyarthi), au cours d’un attentat perpétré par un fuyard nommé Nellai Mani (Pasupathy). E va alors se retrouver pris dans un engrenage infernal en compagnie de Jyoti, une danseuse de bar, qui va le conduire à découvrir les réelles activités du docteur Ramakrishnan, bienfaiteur aux yeux des gens, mais cachant en réalité des desseins bien sombres.

L’histoire reprend le schéma des masalas traditionnels. Tout d’abord, une présentation du héros nous permet d’appréhender son quotidien. Ensuite, sa rencontre avec l’héroïne va provoquer quelques bouleversements dans ses sentiments, la découverte d’un complot organisé, la confrontation avec le méchant, la fuite, etc. Autant d’éléments que l’on a déjà vus me direz-vous. Mais le réalisateur a choisi d’aborder sous cette forme commerciale un thème qui l’est beaucoup moins.

La pollution, la médecine, les laboratoires pharmaceutiques, les expériences réalisées sur la population démunie, sont autant de thèmes jusqu’alors ignorés par les cinéastes indiens. Le film nous propose de les explorer, voire de les survoler, dans le but de sensibiliser les spectateurs à ces sujets. On est loin des histoires de gangs habituelles. De plus, contrairement aux masalas classiques, le héros ne se "révèle" qu’à la fin du film. E (E pour Easwaren, le prénom du personnage principal) est un anti-héros pendant la quasi-totalité du film, une crapule que l’on préfère voir en photo et qui n’a aucune conscience. Là encore, le réalisateur prend le contre-pied des formules habituelles.

Ce réalisateur, S.P.Jananathan, n’est d’ailleurs pas un inconnu. Il a en effet obtenu en 2003 le National Award pour son premier film Iyarkai. Soucieux de réaliser des films réalistes, il a, pour son deuxième film, opté pour un casting inédit.

A 24 ans, Jeeva n’a déjà plus rien à prouver. Depuis sa prestation remarquable dans Raam (il était âgé seulement de 21 ans), on connaît son potentiel, qu’il nous confirme dans ce rôle de racaille crasseuse, prête à tout pour réussir, notamment à voler les riches et un peu moins les pauvres. Sorte de Robin des Bois moderne sans aucun scrupule, il parvient à rendre crédible son personnage en restant sobre, et en adoptant des postures et un langage pleins de justesse. Son rôle est bien écrit, puisque le personnage de E navigue sans cesse entre le bien et le mal, quitte à choquer le spectateur (lorsqu’il met une mandale à Nayantara par exemple). Nayantara est une vraie révélation dans son rôle de bourgeoise du nord qui ne se laisse pas faire. Habituée jusqu’à maintenant à des rôles peu consistants (voire de potiches), comme dans Chandramukhi en tamoul ou Lakshmi en telugu, la jeune femme de 18 ans obtient là une vraie occasion de montrer qu’elle sait faire autre chose que danser ou rire bêtement. Espiègle et précieuse à son arrivée, elle devient une vraie racaille féminine au contact de E. Les producteurs tamouls l’ont bien compris en lui offrant ensuite sa plus belle performance dans Yaaradi Nee Mohini, le remake tamoul de Aadavari Matalaku Ardhalu Verule.

Les seconds rôles sont parfaits. Pasupathi signe une prestation dynamique et pleine de présence dans un rôle de prisonnier évadé. La fin 2006 fut une période faste pour cet acteur, qui a crevé l’écran quelques semaines plus tard dans le magnifique Veyil. Le méchant de la partie est assuré par Ashish Vidyarthi, qui enchaîne les rôles hindi, tamouls et telugus à la vitesse d’un guépard en pleine brousse, même si le maître en la matière, Prakash Raj, est bien devant. Récemment aperçu en flic ripou dans Pokiri, il montre encore une fois une bonne de dose de vice dans ce rôle de savant fou prêt à tout pour la gloire et l’argent. On peut regretter cependant que son personnage soit quelque peu caricatural dans certaines scènes.

Le niveau technique général est correct pendant pratiquement toute la longueur des 2h 35 du film. Le réalisateur a utilisé de nombreuses images-chocs pour illustrer son propos, et s’est entouré d’un bon directeur de la photographie pour capturer l’ambiance boueuse et crasseuse du bidonville. On a ainsi droit à des plans "salis" contribuant à la touche réaliste du film, et qui contrastent totalement avec l’ambiance aseptisée et froide du laboratoire pharmaceutique.

Les intermèdes musicaux sont plutôt bien maîtrisés. Ils sont variés, alternant entre une danse dans un bar, une ballade romantique et un moment tragique qui plombe l’ambiance. Il faut dire que les compositions de Srikanth Deva contribue à cette variété de séquences. Les chansons sont réussies et s’inscrivent parfaitement dans le film. Le compositeur a puisé son inspiration à la fois au nord de l’Inde (Ore Murai Ore Thappu) et au sud (Kadhal Enbathu), en y mêlant quelques rythmes urbains tout en gardant une tonalité traditionnelle.

Le seul gros bémol de E réside dans ses effets spéciaux. Tout au long du film, on a droit à la même séquence d’injection de produits dans les vaisseaux sanguins des patients. Mais à la fin du film, tout s’accélère, et le directeur des effets numériques n’a visiblement pas réussi à obtenir l’enveloppe de roupies nécessaire pour rendre crédibles les images de synthèse que son équipe a conçues. En voyant ce désastre à l’écran, on ne peut qu’éclater de rire, ou se consterner en pensant qu’un tel film méritait un dénouement bien meilleur. Car, en plus de proposer des effets spéciaux datant de 1975 et ridicules, le réalisateur a clairement bâclé les 5 dernières minutes. On reste confus devant une fin si abrupte, ce qui gâche quelque peu le propos du film et son impact.

On retiendra néanmoins un film sans grande prétention qui aborde un sujet nouveau en Inde et assez polémique, en proposant notamment un début de réflexion sur les laboratoires humains que sont les pays en voie de développement. On pourra également apprécier une histoire bien menée et des interprétations encourageantes, ainsi qu’une bande-son variée. Si vous voulez tenter une nouvelle expérience, alors E est le film qu’il vous faut.

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